25 avril 2008

Editorial n° 3 du site maternage : Et si l'allaitement maternel prolongé avait aussi pour fonction de nous apprendre le plaisir

Et si l'allaitement maternel prolongé avait aussi pour fonction de nous apprendre le plaisir et l'amour ?

En France, au-delà des 3 mois "réglementaires", la jeune maman qui poursuit l'allaitement se voit encore reprocher de continuer uniquement par plaisir (le sien et celui de son enfant), malgré les apports optimaux et les bienfaits du lait maternel qui perdurent longtemps après cet âge... Mais de quoi accuse-t-on exactement ce plaisir certes charnel et parfois sensuel, mais jamais sexuel ?

Le plaisir ne peut être malsain quand il est indissociable de l'amour. Or un nouveau-né, un bébé ou un bambin aime sa mère plus que tout autre être au monde...

Son besoin de contact peau à peau, satisfait par l'allaitement maternel, va de pair avec un besoin de stimulations de tous ses sens, passant par la peau et les odeurs des corps, la variété des goûts du lait maternel, en plus des sons et de la vue, avec des paroles et des regards qui se font face et se croisent ainsi plus souvent et toujours plus longtemps qu'au biberon.
Cette stimulation multisensorielle aboutit au plaisir intense que ressent le bébé : être à la fois nourri de l'intérieur par le lait, et de l'extérieur par la stimulation de ses 5 sens.

Chez lui ce plaisir durera longtemps. Le plus souvent, si on laisse l'enfant téter et qu'on ne lui propose pas de prendre du lait sous d'autres formes, il s'y complaira plusieurs années, parrallèlement à la prise progressive de solides de plus en plus diversifiés et nombreux, comme le veut le développement physiologique naturel de notre espèce.

Le plaisir que prends la mère à poursuivre l'allaitement au fil des mois n'a rien de malsain non plus. C'est la nature elle-même qui l'a conçu !

Tout naturellement, le plaisir vient des hormones induites par la lactation, les endorphines (morphines humaines) qui apaisent maman et bébé en fin de tétée. Ce système de récompense, à la fois hormone du plaisir et hormone anti-douleur est en jeu chaque fois que nous faisons quelquechose qui est nécessaire à la survie de l'espèce. Nous secrétons ces endorphines lorsque nous naissons, lorsque nous faisons l'amour, lorsque nous accouchons et lorsque nous allaitons...

Sans le plaisir, les femmes des siècles et des siècles passés n'auraient pas allaité leurs enfants plusieurs années et nous ne serions pas là pour en parler ! Nous oublions trop facilement que pendant des millénaires, en l'absence des laits de substitution aujourd'hui proposés massivement aux mères, les enfants qui n'étaient pas allaités par une femme mourraient tout simplement !

Le plaisir des mères qui allaitent sur la durée est avant tout celui de voir leur enfant grandir et se développer grâce à elles et au don d'une part d'elles-même qu'elles leur font. De savoir qu'avec leur lait, elles le protègent en plus de le nourrir. C'est un plaisir intellectuel émotionnellement puissant que d'être valorisée ainsi...
A ce plaisir s'ajoute celui "d'apprendre son enfant "par coeur"", de le comprendre et de l'aimer du fond de ses tripes, un peu plus chaque jour avec des échanges qui évoluent pour s'enrichir sans cesse.

Et si c'était en aimant sa mère de tout son corps animé de seuls désirs puérils, en y trouvant plaisir et satisfaction, que le petit de l'homme apprenait à aimer, tout simplement ? En posant les bases qui lui permettront de construire de futures relations d'amour saines, basées sur le don de soi, le respect de l'autre et le plaisir partagé...

Et l'amour ne s'accompagne-t-il pas forcément de contacts, de caresses, de corps-à-corps ? Pensez-vous que l'amour puisse perdurer au sein d'un couple qui aurait cessé d'avoir des contacts, de se toucher... L'enfant lui confond les deux et ressent l'amour bien avant de l'entendre et encore plus de le comprendre -d'ailleurs, qui veut me donner une définition de l'amour ?
A travers les contacts fréquents apportés par le portage, le bercement, l'allaitement, le massage et le co-dodo, le bébé qui devient bambin remplit son réservoir émotionnel et cimente les bases de sa sécurité intérieure.

Progressivement, avec le franchissement naturel de certaines étapes comme la mise en place du père, le sevrage naturel et décidé par lui, et enfin l'oedipe vers 5/6 ans, il ne sera dépendant de rien, si ce n'est du besoin d'aimer... et cherchera comme nous tous devenus adultes à revivre ce plaisir multisensoriel si puissant à travers une autre relation, sexuelle cette fois -avec, peut-être, moins de difficultés, de frénésie et de perversité, et plus de bonheur...

Emmanuelle Blin-Sallustro, février 2003

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