25 avril 2008

Editorial n° 4 du site maternage : Laissez nous vivre nos enfantements...

Laissez nous vivre nos enfantements...

La maternité française est en crise, comme l'a souligné le rapport du dernier collège national des gynécologues obstétriciens français, dans l'indifférence des pouvoirs publics, obligeant les chefs de service de nombreuses maternités à menacer de se mettre grève à la fin de l'hiver dernier.
En effet, la politique de fermeture des petites maternités mise en place il y a deux décennies, dans le but de récupérer des places pour faire face au vieillissement de la population, a abouti à la surcharge des grosses maternités. Celles-ci sont devenues de véritables "usines à bébés" où des professionnels en nombre insuffisant accouchent à la chaîne des femmes qu'ils n'ont généralement pas suivies. A cette pénurie de gynécologues obstétriciens, organisée de longue date par le numerus clausus, s'ajoute l'effet de la mise en place des 35 heures dans les services hospitaliers conjugué à celui de la forte reprise de la natalité dans notre pays. Enfin, la judiciarisation du secteur médical a encore sans doute aggravé la situation en accroissant la peur du risque obstétrical, qui amène les médecins à se retrancher derrière toujours plus de technologie.

En France, nous pratiquons 18 % de césariennes, contre des chiffres inférieur à 10 % dans les pays du Nord de l'Europe. Nous pratiquons aussi l'épisiotomie dans 72 % des cas lorsque la femme accouche pour la première fois alors que cet acte n'a pas prouvé son efficacité dans ce qu'il est censé éviter. Enfin, selon l'OMS, le monitoring en continu n'a pas -lui non plus- prouvé son efficacité et conduit à des décisions non appropriées comme des césariennes. D'autres informations en page naissance.

Le choix français de l'hypermédicalisation de la naissance est un choix coûteux, puisqu'il mutiplie en les systématisant des actes la plupart du temps inutiles, qui a aggravé la mauvaise situation économique du secteur de santé, tout en ne tenant pas sa promesse d'améliorer les résultats périnataux.
Malgré tous nos progrès technologiques, la France se place encore au 10ème rang européen en matière de mortalité et morbidité périnatale, loin derrière la Suède, le Danemark et les Pays-Bas. Dans ce dernier pays, la grande majorité des accouchements sont accompagnés par des sages-femmes, dont 30 % se déroulent à domicile ; et c'est pourtant ce même pays qui affiche les taux de prématurité, de césarienne et de mortalité maternelle les plus bas...

Etre enceinte n'est pas une maladie. Il est donc inutile d'hypermédicaliser systématiquement toutes les grossesses et toutes les naissances comme cela est fait dans les grosses maternités où il nous est dorénavant imposé d'accoucher, la moitié des lieux de naissance ayant déjà disparus.
Il est possible de concilier les progrès de l'hygiène et de la connaissance des phénomènes qui se déroulent pendant la grossesse et la naissance, dont on dispose aujourd'hui, avec l'humanité que requiert un tel instant, si précieux et si rare... Donner la vie est un acte totalement naturel et physiologique, auquel les sages-femmes sont bien mieux formées, tout particulièrement en France, avec leurs 4 500 heures de cours sur la physiologie de la grossesse et de la naissance, que n'importe quel médecin.
Désormais on sait parfaitement détecter les problèmes maternels de bassin, de placenta praevia, de toxémie et autres, comme les problèmes foetaux, qui étaient responsables ensemble du taux de mortalité foetale et/ou maternelle jusqu'au temps de nos grands-mères. On oriente alors ces femmes vers la technologie médicale qui leur permettra de survivre à la naissance d'un enfant qui survivra aussi, dans des degrés de chance qui varient avec sa prématurité éventuelle.

Mais pour les autres femmes, les 85 à 90 % de femmes qui n'ont aucun problème durant leur grossesse, le respect complet de la physiologie amène à un bon déroulement de l'accouchement qui est alors vécu comme une véritable aventure, comme le racontent avec bonheur certains témoignages sur ce site. Accoucher est alors l'aboutissement normal d'une grossesse qui n'a nécessité qu'un accompagnement global -tout au long de la grossesse et tout au long de l'accouchement. Ainsi peut s'établir avec la sage-femme une relation de confiance très rassurante pour la femme enceinte qui se sens véritablement accompagnée sur le chemin d'une naissance qu'elle se prépare néanmoins à affronter, sur le plan physiologique comme sur le plan psychique.

D'autres pays l'ont compris et développent une politique radicalement différente de la nôtre, avec les maisons de naissance. Mais la France traîne les pieds, et malgré de belles déclarations politiques, les projets montés ici ou là ne parviennent pas à exister légalement...

La technologie médicale permet certes aujourd'hui d'extraire chirurgicalement, sans difficultés la plupart du temps, et en moins de 30 minutes au total, un foetus viable du corps de sa mère, s'il s'avère que celle-ci ne peut pas accoucher par les voies naturelles.
Mais doit-on pour autant désirer cela pour toutes les femmes, comme le préconisent certains obstétriciens, qui n'y voient qu'un confort accru ?

Cette technologie ne permet à aucun moment à la mère d'accoucher de son enfant et donc, sans doute partiellement au moins, cela ne lui permet pas non plus d'enfanter correctement de sa maternité, ou maternitude, sur un plan plus psychique...
Les femmes cherchent autre chose. Elles veulent un meilleur accompagnement de la naissance, comme le montrent les entretiens menés par le Dr Naiditch avec des sociologues. Le rôle du psychisme dans l'enfantement et le devenir-mère est essentiel (lisez ou relisez "Le mystère des mères" de Catherine Bergeret-Amselek ) et il est malheureusement trop évacué dans les grandes maternités. Cet aspect n'y est pas traité tout au long de la grossesse par une même personne qui prends le temps d'écouter la femme raconter ses peurs et angoisses et ne la considère pas uniquement comme un corps à surveiller de près par de nombreux examens le plus souvent inutiles, toujours stressants et parfois néfastes.

L'augmentation des dépressions du post-partum en est probablement une des tristes conséquences, parmi d'autres, comme la survenue de plus en plus fréquente de difficultés psychologiques infantiles, maternelles et parentales, qu'il serait temps de prendre en compte en commençant par réhumaniser d'urgence l'entrée dans la vie.

Emmanuelle Blin-Sallustro, juillet 2003

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