Le premier DVD sur le portage en écharpe enfin disponible
Bonjour,
Je suis heureuse de vous annoncer la sortie du DVD Bien Porter Bébé en écharpe tissée.
Ce premier titre de la collection DVD Bien Porter Bébé s'intéresse à l'écharpe tissée (en sergé croisé).
A travers 47 séquences différentes et différents menus, il présente toutes les possibilités de nouages, permettant de porter bébé sur le ventre, la hanche ou le dos, mais aussi de nourrir en portant, de porter deux enfants simultanément ou encore de l'utilisation de l'écharpe pendant la grossesse pour porter un ainé ou soulager son ventre.
Sur le site du DVD :
- plusieurs extraits et des séquences complètes
- le sommaire complet des séquences
- la liste des distributeurs
- l'achat en ligne
Faisons connaissance !
Bonjour,
Bienvenue sur mon blog personnel !
Mère de 4 enfants nés entre 1989 et 2003, j'accompagne la parentalité depuis 2002.
D'abord Marraine d'allaitement auprès des futures mamans de mon entourage, j'ai crée en parrallèle en 2002 le site maternage qui fait référence dans le milieu du parentage.
Je vous invite à retrouver ici l'ensemble des éditoriaux postés sur ce site.
En juin 2003 j'ai créée une association locale de soutien à la parentalité dans le 92 : Idées pour les parents, au sein de laquelle j'accueille de nombreuses familles et anime plusieurs ateliers ainsi que des conférences pour informer, soutenir et accompagner les parents sur le chemin de la parentalité.
En avril 2004 je suis devenue animatrice bénévole de l'association Peau à Peau et anime depuis 4 ans des séances régulières d'information sur le portage auprès des parents et futurs parents désireux d'apprendre à bien porter leur enfant.
Depuis juin 2006 je suis formatrice du réseau Peau à Peau et propose à ce titre des formations en portage auprès des professionnels du champ périnatal et des personnes oeuvrant dans l'associatif qui souhaitent utiliser le portage dans leur activité professionnelle ou bénévole.
Retrouvez sur ce blog tous les ateliers, stages, conférences et formations que je propose.
Merci de vos commentaires sur mes éditoriaux et de vos suggestions.
Amicalement
Emmanuelle Sallustro
Se préparer à devenir parent pour la première fois
Depuis deux ans je propose un atelier qui s'adresse à un couple de futurs parents. Intitulé "Bébé arrive... Bébé est là !" il a pour vocation d'informer le couple et de le préparer au chamboulement que représente la naissance du premier enfant.
Les couples que je reçois sont façonnés tout à la fois par
l'éducation qu'ils ont eux-même reçus et par les repères que leur
procure la culture qui nous environne.
Ils arrivent à mon atelier,
le plus souvent pendant le dernier mois de la grossesse avec, dans leur
besace, la péridurale, la poussette, le lit à barreaux et le sevrage à
la reprise du travail...
Lorsqu'ils repartent ils ne sont plus les mêmes...
D'abord je les interroge sur l'histoire de ce bébé et sa conception, sur le déroulement de la grossesse, sur leur projet de naissance (souvent non formulé et non pensé). Je cherche s'il y a une pathologie ou un frein psychologique puissant qui pourraient compromettre une naissance physiologique et je cherche à comprendre les attentes et les peurs de ce couple.
Puis je leur parle d'abord de naissance, je leur décrit un accouchement physiologique. Leur explique les conditions nécessaires à son déroulement naturel -intimité, postures prises librement, ambiance et présences rassurantes...- qui permettront la mise en branle du cocktail hormonal adéquat.
Je leur dit les risques et les conséquences des différentes interventions médicales -comme le déclenchement, la péridurale, l'extraction instrumentale, l'épisiotomie, etc...- sur le déroulement de l'accouchement et le vécu maternel et foetal de cet évènement essentiel de leur histoire émotionnelle. Je ne manque pas de leur décrire les effets en cascade des uns sur les autres...
Puis nous parlons douleur. Et là je vois que ce sujet n'a le plus souvent jamais été abordé. Que la future mère est pleine de questions, de peurs, d'appréhension. Je la rassure, lui dit qu'elle est capable car elle est une femme, tout simplement, que son corps sait faire si elle le place dans les bonnes conditions psychologiques.
Puis nous parlons de l'accueil du bébé. Des émotions violentes qui nous assaillent. De l'échange du premier regard, des bienfaits du peau à peau tout de suite à la naissance, du comportement inné du nouveau-né laissé contre sa mère qui va chercher à téter dans les deux heures et trouver le sein grâce à son odorat. Je dis le rôle de "gardien de l'enfant" du père qui suit son enfant s'il quitte la salle de naissance. Je dis l'immense cadeau de la mère à l'enfant qu'est le don d'une tétée de bienvenue, même si elle ne souhaite pas allaiter.
Mais toutes les mères qui sont venues à cet atelier voulaient allaiter et me le disaient là.
Alors, je leur donne tous les trucs qui permettront le bon démarrage de l'allaitement maternel à la maternité et sa poursuite à la maison. Je les préviens des écueils qu'elles sont susceptibles de rencontrer et leur donne les parades essentielles.
Après les besoins du nouveau-né en terme de lait, je parle de la prématurité de tous les bébés humains -même ceux nés à terme- et des besoins qui découlent de cette situation.
Le bébé humain a un impérieux besoin de contact.Alors nous parlons
Portage, essayons écharpes et slings avec des poupons, tous les trois
ensemble. Je dis la facilité d'utilisation, la mobilité retrouvée, le
plaisir partagé, la détente du bébé, les bienfaits physiologiques et
sur l'attachement.
Et
comme les besoins de contact du nouveau-né ne s'arrêtent pas la nuit,
nous parlons du sommeil de l'enfant. Le plus souvent le futur couple a
une chambre prête pour l'enfant mais envisage de le garder dans leur
chambre, dans un couffin, quelques semaines ou quelques mois. Je leur
parle du co-dodo, leur donne les critères de sécurité à connaître et
les avantages pour l'allaitement et la préservation du sommeil des
parents.
Puis nous parlons des pleurs du bébé, de ce qu'ils représentent, de la nécessité d'y répondre et des moyens de le consoler. Nous parlons enfin massage, bain, hygiène naturelle et couches lavables...
Lorsqu'ils repartent, ils ont de multiples informations en tête et
devront faire le tri dans les semaines qui suivent. C'est certain. Que
retiendront-ils de tous mes propos ? Ils vivront de toute façon une
naissance qui sera leur expérience, fruit unique de leur histoire
individuelle, de leur choix de telle ou telle maternité, de leurs peurs
non résolues...
Mais en partant ils ont forcément une autre
vision de la naissance, d'autres attentes vis à vis de leur enfant à
naître, une autre connaissance de leurs capacités réelles et une prise
de conscience de l'importance de leurs rôles respectifs.
Editorial n° 15 du site maternage : Comment les petits s'amusent à être grands
Comment les petits s'amusent à être grands...
A la naissance, nos bébés sont comme de la bande magnétique vierge, prête pour l'enregistrement. Parfaitement équipés pour mémoriser les langages, attitudes, gestes et comportements de leur culture, ils passent les premières années de leur vie à mobiliser tous leurs sens pour apprendre à les reproduire et ainsi devenir des êtres autonomes.
Nous parlons notre langue "maternelle" parceque depuis notre vie foetale nous baignons dans un univers de langage donné. C'est parce que notre mère parlait cette langue là que nous avons pu l'apprendre et la reproduire aisément. Mais nous étions équipés à la naissance pour entendre et reproduire n'importe quelle langue de notre planète. Nous savons qu'une sélection s'opère ensuite dans les neurones du langage pour ne conserver que ceux utiles à la langue entendue.
De la même manière, nous opérons aussi une sélection dans
l'apprentissage des gestes et comportements de notre culture par
l'observation visuelle.
En 1992, une équipe de chercheurs a mis en
évidence chez le singe macaque la présence de "neurones miroirs".
Situés dans le cortex prémoteur, chacun de ces neurones codent une
posture particulière de la main pour la saisie de l'objet entre le
pouce et l'index, par exemple, mais pas pour la saisie du même objet
avec une autre configuration des doigts. Or, il a été démontré que ces
neurones s'activent aussi lorsque l'animal, immobile, observe le même
mouvement effectué par l'expérimentateur. Pour déclencher l'activité du
neurone, le geste observé devait être le même que celui qui était codé
par ce neurone lorsque l'animal effectuait lui-même le mouvement. Ces
neurones, appelés "neurones miroirs", sont donc actifs pour un geste
donné, qu'il soit effectué par l'animal ou que l'animal observe son
exécution par un tiers.
Cette expérience très intéressante nous
révèle comment nous apprenons : simplement en observant, puisque cela
constitue une répétition de l'action à reproduire.
Les personnes qui composent l'entourage de l'enfant, évoluent dans son champ de vision et prennent soin de lui, constituent ses premiers modèles d'observation.
Dès la naissance et avec la maturation progressive de leur appareil
psycho-locomoteur les enfants se retournent, s'assient, se lèvent, se
nourrissent avec leurs mains, puis marchent, parlent, sautent, courent.
Tout cela déjà parce qu'ils ont des modèles à observer. Si nous
marchions à 4 pattes, nos enfants feraient de même, si nous grognions
ils grogneraient...
Vers 2 ans ils commencent à "jouer" à imiter
l'autre. Mis en présence d'un enfant d'âge semblable, ils vont s'imiter
mutuellement dans tous leurs faits et gestes. C'est pourquoi ils
veulent toujours le jouet de l'autre, en même temps que lui, non pour
le lui prendre et le posséder mais pour pouvoir "faire pareil". Je me
demande toujours pourquoi les crèches et autres lieux d'accueil de
jeunes enfants ne mettent pas à disposition des éléments de jeux en
plusieurs exemplaires pour leur permettre de vivre ces échanges
particuliers. Cela éviterait bien des conflits inutiles à cet âge. Le
temps d'apprendre à partager vient sans doute après celui d'apprendre à
se comporter et serait alors, à mon avis, d'autant plus facile à
assimiler.
Lorsque l'enfant est gardé par sa mère ou par une assistante maternelle il passera tous ses temps de jeu libre à imiter ce qu'il observe principalement. Il nourrira sa poupée, l'allaitera s'il a été allaité (à fortiori s'il l'est encore), la portera ou la promènera en poussette, la couchera, la consolera ou la frappera selon ses propres observations...
Comme son modèle, l'enfant voudra balayer, taper sur le clavier de l'ordinateur, regarder des livres, laver des choses, téléphoner, prendre les cigarettes, manipuler le linge, faire de la musique, danser, s'habiller, se nourrir...
Quelles que soient nos actions elles sont observées et apprises. Quels que soient nos mots, ils sont entendus et mémorisés.
On
prétend que l'enfant joue, mais c'est tout à fait faux, en réalité il
est très sérieux, il ne fait pas cela pour se détendre comme nous le
faisons plus tard lorsque nous jouons, mais bien pour apprendre comment
se comporter.
De cela nous devrions tirer une évidence : espérer d'un enfant un
comportement autre que celui que l'on incarne est forcément un leurre.
Le "fais ce que je dis et ne fais pas ce que je fais" ne peut tout
simplement pas fonctionner. Ou alors au détriment de l'équilibre
psychique de l'individu qui y est soumis...
On rencontre fréquemment
la scène suivante : un adulte frappe un enfant au motif qu'il a frappé
un autre enfant, tout en lui disant "il est interdit de frapper". Dans
une telle situation, qu'apprend l'enfant ? Ses neurones miroirs
enregistrent comment frapper un plus faible que soi tandis que son
néo-cortex doit apprendre qu'il ne faut pas frapper...
On observe souvent aussi des réprimandes faites par des parents à leurs enfants lorsqu'ils oublient de dire s'il te plaît et merci. Mais si nous écoutons ces mêmes parents nous observons qu'ils emploient rarement ces même mots soi-disant magiques en s'adressant à leurs enfants, et notamment dans les toutes premières années, celles où l'apprentissage se fait.
Alors c'est simple...
Nous voulons des enfants qui ne pleurnichent pas, cessons de nous lamenter sur notre sort.
Nous voulons des enfants polis, adressons-nous toujours poliment à eux comme aux autres.
Nous voulons des enfants qui ne crient pas et ne frappent pas, cessons d'élever la voix et maîtrisons notre violence.
Nous
voulons des enfants respectueux des autres et tolérants, soyons
respectueux et tolérant à leur égard comme avec nos semblables.
Nous
voulons des enfants généreux et capables d'empathie, soyons généreux de
notre temps, de notre disponibilité et de notre amour.
En un mot, si nous voulons des enfants heureux, soyons heureux ! Eliminons sur ce qui, dans notre vie, nuit à notre bonheur, afin de parvenir à l'équilibre et l'épanouissement et nous serons alors de bons modèles pour nos enfants qui deviendront des adultes dont nous serons fiers.
Encore une fois, c'est de nous dont il faut nous occuper avant tout.
Dans le cas contraire, nos enfants risquent fort de rejouer des comportements qui nous agacent et nous poussent à bout peut-être simplement parceque ce sont les nôtres et que nous ne les assumons pas...
Emmanuelle Blin-Sallustro, juin 2005
Editorial n° 14 du site maternage : Profession : mère à part entière !
Profession : mère à part entière !
Je suis toujours agaçée d'avoir à cocher la case "sans profession " des formulaires divers et variés car être mère au foyer c'est tout sauf être inactive.
Etre femme et mère au foyer aujourd'hui, ça veut dire quoi ?
Avoir une vie en marge de la vie économique et sociale ?
Pas
forcément, même si c'est le miroir que l'on nous tend. Une vie
relationnelle riche est possible à travers la vie associative que l'on
peut mener sans se séparer de ses enfants.
Un sacrifice de sa carrière au profit de sa famille ?
Quelle
carrière ? Cela nous ramène au sens de la vie. Travaille-t-on pour
vivre ou vit-on pour travailler ? Notre épanouissement passe-t-il
nécessairement par le travail ? Peut-être parfois mais rarement
"toujours"... De quoi se rappelle-t-on le jour du grand bilan ?...
Un don de soi ?
Oui, c'est certain. Mais n'est-ce pas dans le don que l'on se trouve ?
On
donne au quotidien de son temps, de son corps, de sa disponibilité
d'esprit. Mais c'est alors et alors seulement qu'on peut en récupèrer
les bénéfices. A vouloir ménager la chèvre et le chou on ne contente
personne et à courir deux lièvres à la fois, on perd les deux, comme le
prétend si justement le bon sens populaire.
J'ai eu mes deux aînées tout en travaillant à temps plein dans un
secteur passionnant mais prenant, l'audiovisuel. J'ai connu les nuits
blanches à monter des films, le stress de la vie d'entreprise (la
mienne), le champagne des gros contrats, les moments de gloire et les
moments d'angoisse. J'ai aussi testé les adaptations avec les nounous
et les crèches, le sevrage forcé, la cavalcade pour arriver avant la
fermeture de la garderie, les maladies des enfants qui tournent au
cauchemar !
Mais j'ai surtout beaucoup perdu car je suis passée à
côté de bien des moments de bonheur sans le savoir. Maintenant je sais
tout ce que j'ai raté...
Alors j'ai finalement choisi d'être là pour mes enfants. De les accueillir quand ils reviennent de l'école, de les écouter, de les protéger, de les promener, de les instruire des choses de la vie et de toutes sortes de tâches, de m'amuser avec eux, de les vêtir, de les nourrir, de leur raconter des histoires, de les soigner, de les caliner, d'être là quand ils sont malades et quand ils ne le sont pas, mais, au contraire, pleins de vitalité et de joie à partager.
Vous me direz que je peux me permettre ce choix car les activités de
mon conjoint font bouillir la marmite familiale. Certes, mais c'est
parfois seulement une question de réflexion et de choix.
Avoir une
vie professionnelle intense génère de nombreux frais. Avoir du temps
pour faire les choses permet aussi de faire des économies importantes.
L'un dans l'autre on peut s'y retrouver en apprenant à discerner
besoins et envies.
J'aurais pu avoir ce rythme bien plus tôt mais j'avais été élevée -comme nous toutes- dans l'idée d'avoir un métier et de l'exercer, alors je l'ai fait sans réfléchir un instant et n'ai pas envisagé de m'arrêter à la naissance de mes premiers enfants... jusqu'à ce qu'une dépression me cloue chez moi et me fasse réfléchir au sens de la vie et à ses priorités.
L'autre jour, je me balladais avec ma bambine de 21 mois sur le dos
lorsque nous croisons une dame que je connais. Elle s'extasie sur sa
bouille heureuse et décidée, m'interroge sur ma situation et m'envie de
pouvoir m'occuper d'elle.
Elle me dit aussi qu'elle s'ennuie dans sa
retraite toute neuve et combien elle trouve dommage d'avoir du temps
maintenant que son fils est grand alors qu'elle n'en avait pas à lui
consacrer lorsqu'il était enfant. Il est aujourd'hui devenu un jeune
adulte paumé qu'elle ne sait pas aider, après avoir été un adolescent
révolté et un enfant à problèmes. Je sens de l'amertume dans ses mots
et dans son regard, le sentiment d'avoir été flouée...
Je sais que je ne regretterai pas ce choix. Car c'est celui de la vie. Ce que je vis aujourd'hui est bien plus profond, bien plus fort, bien plus riche et bien plus gratifiant car les sentiments qui m'animent sont moins superficiels que ceux qui m'habitaient lorsque je travaillais à l'extérieur.
Je m'occupe de ma famille et de notre foyer, lieu de repos et de ressourcement de ceux qui me sont le plus cher. J'ai une activité associative riche et variée, que je peux exercer avec ma bambine qui me suit partout. J'ai ce site qui vit en permanence et vous remercie d'être là à le consulter ! J'ai mon activité d'auteur photographe toujours en éveil. Je suis épanouie car j'ai le sentiment d'être à ma place. Enfin ! Je n'ai jamais eu autant de projets et autant de force pour les mener.
Je ne me suis jamais sentie autant utile à ma famille, aux autres et à la communauté.
Emmanuelle Blin-Sallustro, avril 2005
Editorial n° 13 du site maternage : Mon voeu le plus cher pour 2005 : de nombreux pas en marche vers la non-violence...
Mon voeu le plus cher pour 2005 : de nombreux pas en marche vers la non-violence...
Nous voilà à l'aube de 2005.
Une année qui démarre marquée par le malheur effroyable qui frappe l'Asie. Cette violence là est issue de la nature et nous avons malheureusement peu de prise sur elle. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'il y a une autre violence, qui fait des ravages bien plus grands encore, la violence issue des humains.
2005 est la 5ème année de la "Décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde" (2001-2010) voulue par l'Unesco.
Le dernier rapport de l'Unicef, intitulé "L'enfance en péril" nous apprend que la situation des enfants ne s'est pas améliorée. Au contraire. Enfants esclaves, enfants soldats, enfants enchaînés au travail, enfants violentés, enfants malades du sida, enfants abusés, enfants prostitués, enfants abandonnés, livrés à la rue et aux mafias... Dans les pays dits pauvres -puisque l'argent est la seule valeur de référence qui nous reste, mais ces pays sont riches d'une humanité que nous égarons parfois- la guerre, la misère et leurs cortèges de conséquences font toujours des ravages.
Et dans nos pays dits riches ? Alors que l'écart s'accroit entre ceux qui ont tout et plus encore et ceux qui n'ont rien, apparaît désormais la classe des "travailleurs pauvres", qui s'ajoute à celle toujours plus grande, des exclus de notre société.
On dirait que nous ne progressons pas beaucoup dans le sens d'une culture de la non-violence et de la paix...
D'un côté on construit de fantastiques musées sur la guerre, l'apartheid, la shoah.
De l'autre on violente nos enfants. Excisions, circoncisions, inceste, coups, humiliations, soumissions, exploitations...
Non, la violence ne recule pas.
Qu'elle prenne la forme de la pédophilie désormais révélée qui montre son ampleur dans nos sociétés occidentales.
Ou
qu'elle prenne celle du terrorisme aveugle, aujourd'hui vigoureux,
toujours mieux équipé et entraîné, parfois par ses propres victimes...
Ou encore celle des murs qui se dressent et des guerres qui, partout sur la planète se poursuivent.
Ces
évènements nous semblent loin et dissociés de nous mais leurs cortèges
de douleur, de souffrances et de traumatismes sont bien réels pour
d'autres...
Bien assis dans nos canapés, nous assistons à tout cela sur nos écrans de télévision sans jamais faire le lien avec notre propre violence.
Oui, j'en suis convaincue, la violence ne recule pas, parcequ'elle
fait partie de la panoplie éducative dans laquelle nous puisons pour
éduquer nos enfants. Ici comme ailleurs. Partout dans le monde, les
enfants sont frappés par leurs parents et éducateurs, plus ou moins,
plus ou moins fort et avec ou sans instrument, selon les cultures, mais
partout tout de même (sauf dans quelques rares pays qui ont interdit
tous les châtiments corporels). Olivier Maurel dans son livre "La
fessée", qui vient d'être réédité, nous en dresse un panorama mondial
très complet, que je vous conseille vivement de lire.
La violence ne
recule pas parce que nous l'utilisons nous-même régulièrement, parfois
tous les jours. Elle ne recule pas car nous l'enseignons à nos enfants
comme nos parents nous l'ont enseignée. Mais nous n'y réfléchissons
même pas...
Lisez le rapport de l'OMS qui dénonce la violence éducative comme source de la violence des adultes.
Frapper un enfant c'est employer notre force, démesurée pour l'enfant, pour le soumettre à notre volonté. Cela ne lui apprend rien de bon. Différentes études ont prouvé l'inefficacité des châtiments corporels. En revanche, cela lui apprend à avoir peur ; à perdre confiance en ses éducateurs ; à mentir, à devenir hypocrite et sournois pour échapper à la violence ; et enfin à utiliser à son tour la violence pour contraindre plus faible ou plus petit que lui-même.
Si nous continuons ainsi la violence perdurera, entre adultes et envers les enfants. La non-violence restera alors une pratique accidentelle dans l'histoire humaine, associée à quelques grands hommes du passé.
Chez nous, en France personne ne peut être frappé, sauf les enfants par leurs parents.
Dans
certains pays on est plus en en avance. Là des lois existent pour
protéger les enfants de la violence parentale et un soutien bien réel
est apporté aux parents avec des solutions alternatives efficaces.
Je
ne crois malheureusement pas à la mise en place prochaine d'une telle
loi en France. La nostalgie qui anime actuellement notre société tend à
nous ramener vers un conservatisme froid et sévère. Le retour aux
valeurs du pensionnat, de la punition collective, des maisons de
correction, va à l'encontre de ce dont les enfants ont besoin : un
accompagnement sécurisant et protecteur rendu possible par un
attachement de qualité à ses parents. Soutien encourageant, guide,
confident, protecteur... tour à tour, selon la nécessité du moment.
La tâche est rude pour les parents qui ont reçu une toute autre éducation, avec brimades, humiliations, coups et punitions. N'ayant pu construire une saine estime de nous-même, à notre tour nous avons tendance à vouloir contraindre plus faible que nous. Nous attendons donc de nos enfants qu'ils comblent nos manques, manque d'amour, manque de reconnaissance ; et assouvissent nos pulsions, de colère, de violence, voire sexuelles.
Ouvrons les yeux et comprenons enfin qu'il nous faut commencer ici et maintenant.
Soyons nombreux à bannir la violence de nos foyers. Voilà le voeu que je formule pour cette nouvelle année. Faisons un pas en avant et marchons vers la non-violence, chacun à notre niveau.
Décidons :
de ne plus user de violence envers nos enfants, qu'elle soit physique ou psychique ;
d'accepter nos moments de rechute sans nous laisser gagner par l'idée d'abandonner ;
de chercher des solutions alternatives pour résoudre les conflits qui se présenteront inévitablement ;
de chercher à identifier et à résoudre les raisons qui sous-tendent ces conflits, qu'elles soient en nous ou en nos enfants ;
de
se former à l'écoute et à la communication non-violente, pour mieux
dialoguer et savoir s'exprimer sincèrement sans blesser l'autre ;
de
s'initier aux techniques qui nous permettent de décharger les émotions
qui nous envahissent (colère, tristesse) autrement que sur nos enfants ;
de trouver du soutien auprès d'associations de parents et de forums et autres listes de discussion sur la toile...
Pour vous aider, lisez ces solides pistes pour éduquer sans violence, trouvées sur le site de l'association "ni claque, ni fessée".
Et je finirais sur les voeux pour 2005 de V. Meyers, "maman consciente" inscrite sur lpc, la liste
de discussion "Parents conscients" que je vous invite à rejoindre ici :
Parce qu'en 2005 cela va faire 4 ans,
Que je me suis arrêtée sur lpc* en passant,
Parce que vos écrits, vos pleurs, vos espoirs,
Me permettent de cheminer et de croire,
Que, nous, parents conscients, par nos victoires,
Sur la violence, la haine et la souffrance,
Donnerons au métier de parent tout son sens,
Donnerons à nos enfants un cadeau inestimable,
Celui de l'amour, du respect et du soutien sans fable,
Puissent ces victoires être plus nombreuses et riches,
Dans chacun de vos coeurs ou foyers où elles se nichent,
Puisse 2005 réparer, soigner vos blessures, vos souffrances,
Et trouver la joie, le bonheur sans errance,
Simplement en vous arrêtant comme je l'ai fait,
Sur cette merveilleuse communauté qu'est lpc.
Emmanuelle Blin-Sallustro, janvier 2005
Editorial n° 12 du site maternage : A propos des mères qui n'allaitent pas ou si peu...
A propos des mères qui n'allaitent pas ou si peu...
En France, les femmes qui n'allaitent pas du tout ou allaitent moins d'un mois, sont encore majoritaires. En 2002, 43,8 % des bébés n'étaient pas ou plus allaités à 8 jours (selon les certificats de santé établis au 8ème jour) et à 1 mois, ils étaient 15 % de plus à ne plus être allaités, selon un sondage mené en 2001 par l'Institut des mamans, ce qui représenterait 58 % des bébés âgés de 1 mois qui ne sont pas ou plus alimentés au lait maternel.
Je ne suis pas l'une de ces mères puisque j'ai allaité mes 4 enfants, au minimum 8 mois, mais j'ai rencontré nombre d'entre elles au détour de mes activités. J'ai toujours cherché à comprendre ce qu'elles avaient vécu et j'ai constaté que toutes leurs histoires pouvaient se résumer à trois situations qui revenaient toujours. D'abord les femmes qui n'avaient pas du tout souhaité allaiter ; puis celles qui ont essayé sans conviction et se sont arrêtées à la première difficulté, généralement sans éprouver de regrets ; et enfin celles qui souhaitaient vraiment réussir leur allaitement mais ont du arrêter plus tôt qu'elles ne l'avaient prévu, avec, le plus souvent un fort sentiment d'échec et de culpabilité.
Que se passe-t-il lorsqu'une femme n'envisage pas du tout d'allaiter au sein son enfant à naître ?
Les raisons que ces femmes invoquent sont variées. Cela peut aller de la croyance qu'il est nécessaire d'impliquer le père dans le nourrissage de l'enfant à la peur incontrôlable de souffrir. Du désir impérieux de pouvoir confier facilement l'enfant dès sa naissance, à une pudeur extrême. Du dégoût de la relation corporelle avec l'enfant à la peur d'une fusion envahissante. Ou tout simplement de la croyance qu'allaiter c'est compliqué et biberonner bien plus simple.
Ces raisons ne semblent pas toutes "valables" à priori mais elles doivent pourtant toutes être entendues. Les sentiments qu'éprouvent ces femmes ne sont pas naturels. Ils sont le fruit de leur histoire personnelle et de notre environnement culturel.
Dans les cultures où l'allaitement maternel est la norme et où la grande majorité des femmes allaitent, toutes les filles, à tout âge, voient leurs congénères allaiter ; devenues mères elles le font à leur tour sans connaître de difficultés. Elles "savent" l'allaitement et n'éprouvent pas de peurs infondées. Mais nous ne sommes plus dans une telle culture. Ici et maintenant il est facile et habituel de ne pas allaiter. Notre norme, c'est le biberon, puisque personne n'envisage plus d'élever un enfant sans utiliser cet instrument à un moment ou à un autre. Moi-même j'ai cru qu'il était nécessaire de l'utiliser pour mes deux aînées.
Quant aux peurs (de souffrir, de s'enlaidir, d'être "bouffée" par
son enfant...) que ces mamans ressentent malgré elles, c'est toujours
dans leur histoire personnelle que se trouvent les clés.
Un suivi
psychologique se révèle alors tout à fait intéressant et d'autant plus
judicieux que la grossesse est de toute façon une période d'intense
remaniement psychique qui favorise grandement la réussite d'un travail
sur soi. Sur ce sujet, lisez le livre de Catherine Bergeret-Amselek :
"Le mystère des mères".
Allaiter son enfant au sein est une relation particulière qui n'est
finalement pas du tout comparable à l'acte de donner un biberon, à la
fois physiquement et psychiquement.
S'il est compréhensible que cela
puisse être compliqué pour certaines mères, il est anormal qu'on laisse
cela se faire, sans mettre à profit cet épisode de leur vie pour mettre
le doigt sur une difficulté qui mérite pourtant d'être levée. Si une
jeune femme vous confiait refuser toute relation sexuelle par peur
d'avoir mal, de ne "rien sentir" ou encore de devenir la possession de
son conjoint, lui diriez-vous qu'elle a raison de suivre son idée, sans
la questionner d'avantages en la laissant faire une croix sur sa vie
sexuelle, ou bien lui conseilleriez-vous de se faire aider pour
parvenir à surmonter ses peurs et connaître enfin un plaisir bien réel ?
D'autres femmes tentent l'allaitement maternel, mais cessent très vite, aux premières difficultés, sans remord ni regrets apparents.
Souvent ces femmes avaient choisi de tenter l'allaitement "parce que c'est bien" et qu'elles se sentaient poussées à le faire. Pendant la grossesse, elles disent "Je vais essayer, si je peux, si j'ai assez de lait". Déjà elles ne s'en croient pas vraiment capables... Et rapidement l'allaitement maternel ne leur procure pas la plénitude qu'elles imaginaient. Des difficultés, des douleurs, des sensations puissantes et nouvelles les envahissent. Pour ces femmes, c'est trop, trop fort, trop douloureux, trop contraignant... Alors elles obéissent docilement au conseil trop rapidement proposé par les soignants d'introduire des compléments de lait industriel au biberon. Le matraquage publicitaire autour des substituts les met à notre portée, dans ces conditions pourquoi s'entêter ?
Souvent le désir d'allaiter ne pré-existait pas, et le plaisir n'est pas au rendez-vous. Le sentiment d'accomplir son devoir peut dominer au début mais il ne tient pas longtemps. Lisez cet autre texte d'Ingrid Bayot : "Désir d'allaiter, volonté d'allaiter". Ces jeunes mères ne sont pas prêtes à l'investissement physique et psychique qu'implique l'allaitement maternel. Elle se sentent généralement soulagées et libérées d'avoir arrêté même si souvent elles sont aussi fières d'avoir tout de même allaité, un tant soit peu. Mais pour elles, le jeu n'en valait décidément pas la chandelle.
On retrouve souvent dans le discours de ces mamans des croyances erronnées comme : "allaiter ça fatigue", "allaiter ça fait mal", "le papa doit donner le biberon pour se sentir père". Ces femmes ne disposent pas des bonnes informations, sans doute consultent-elles la presse magazine grand public plutôt que les sites de qualité que l'on peut trouver sur la toile. Mesurez vos connaissances en allaitement grâce à ce quizz. Souvent elles sont convaincues que les préparations industrielles pour nourrissons sont, grosso-modo, d'une qualité équivalente à celle du lait maternel (ce qui est tout à fait faux, bien entendu, comme je l'ai montré dans l'édito n° 8) et qu'il n'est pas utile de faire tout un plat du non-allaitement. "Mieux vaut un biberon donné avec amour, qu'un sein à contre-coeur", n'est-ce-pas ? Mais personne ne se demande pourquoi certaines mamans éprouvent des difficultés à donner le sein. Florence Joblin s'est posée cette question dans le cadre de son mémoire d'infirmière.
Dans la troisième situation, les mamans voulaient vraiment allaiter mais elles ont échoué. Là, la situation est tout à fait différente et la qualité du soutien dont elles ont bénéficié est toujours en cause.
Ces femmes sont informées. Elles savent tout ce que l'allaitement a de spécifique et de si important pour l'enfant. Elles vivent donc l'arrêt de leur allaitement comme un échec douloureux et culpabilisent de ne pas avoir réussi dans leur projet. Des trois situations, ce sont ces femmes-là qui se sentent le plus coupables alors qu'elles n'ont aucune raison de l'être. Lisez : Nutrition, culture et culpabilité
La responsabilité de ces arrêts précoces de l'allaitement, ce sont les professionnels de santé qui la portent, de par l'incompétence dont fait preuve la grande majorité d'entre eux à soutenir véritablement l'allaitement maternel. Leur formation initiale est mauvaise et incomplète et, devenus médecins, ils sont la cible privilégiée des industriels de l'alimentation infantile qui les abreuvent d'objets publicitaires, d'échantillons (malgré la loi) et les forment à leur sauce à l'alimentation du bébé avec des connaissances toujours "orientées" quand elles ne sont pas érronnées. D'où des médecins qui conseillent encore de "sauter une tétée pour laisser le sein se remplir" ; des ordonnances de compléments remises dès les premières plaintes d'une jeune maman inexpérimentée qui ne demandait pourtant qu'une écoute et un soutien efficace et non un plan de sevrage...
Ces choses là sont monnaie courante et il ne se passe pas une semaine sans qu'un tel témoignage tombe sur la lactaliste, la liste d'échanges et de soutien de l'allaitement maternel. Tous récemment encore, j'ai rencontré une maman qui avait été obligée de sevrer son bébé au motif de devoir traiter sa propre angine !
Il est anormal qu'autant d'échecs d'allaitement maternel soient dûs aux mauvais conseils fournis en maternité et en cabinet de ville. Aujourd'hui encore plus qu'hier, depuis la parution des recommandations de l'ANAES pour "la mise en oeuvre et la poursuite de l'allaitement maternel dans les six premiers mois de vie" l'an passé. Les professionnels de santé doivent normalement connaître et suivre ces recommandations que vous pouvez télécharger et imprimer et que je vous invite à distribuer à chaque fois que l'occasion se présente. Je vous propose aussi de lire : Il est nécessaire de former les équipes soignantes.
Si les deux premières situations évoquées plus haut, sont acceptables car avant tout liées aux mères, la troisième l'est bien moins car elle est de la responsabilité de notre système de soins.
Chaque femme enceinte devrait se voir offrir la possibilité de s'entretenir en tête-à-tête au moins une fois durant sa grossesse avec une personne ressource en allaitement, sur sa vision et son attente quant au nourrissage de l'enfant à venir -lisez ce texte sur : Le droit d'être informé, oui, mais pas n'importe comment. Cela permettrait de pointer les idées fausses -ici la liste des mythes autour de l'allaitement maternel- et de réveler sans doute bien des difficultés personnelles. Une réflexion ultérieure, un soutien psychologique si nécessaire, une recherche d'informations complémentaires, leur orientation vers des réunions de soutien à l'allaitement, amèneraient bon nombre de futures mamans à modifier leur ressenti et à envisager autrement leur allaitement.
Certes, l'allongement du congé post-natal de maternité ou la création d'un congé d'allaitement, réclamé dans une initative que nous soutenons, jouerait sans doute un rôle sur la prévalence de l'allaitement. Personnellement, je milite pour l'allongement du congé de maternité à 6 mois, pour toutes les mamans. En effet, trop nombreuses sont les femmes qui renoncent à allaiter car elle se disent que ça n'est pas la peine de se lancer dans l'aventure contraignante de l'allaitement si c'est pour devoir gérer un sevrage 1 mois 1/2 après. Ces mamans croient à tort : 1, qu'allaitement et travail sont incompatibles et ne l'envisage donc pas du tout ; 2, qu'il est indispensable que bébé soit habitué au biberon et sevré du sein avant la reprise du travail.
Le vécu qu'une femme retire de son expérience d'allaitement est majeur dans sa vie de mère et je trouve inacceptable qu'autant de femmes soit finalement privées de l'expérience positive, structurante et épanouissante à laquelle elles ont droit. Ici, une étude sur le vécu de l'allaitement maternel.
Emmanuelle Blin-Sallustro, novembre 2004
Editorial n° 11 du site maternage : Objet ou sujet ?
Objet ou sujet ?
"Nul ne peut accomplir pour l'enfant, le travail intense qui consiste à construire l'Homme" disait Maria Montessori.
Dès le début de sa vie, l'enfant est Sujet. A l'état foetal, totalement dépendant de sa mère, l'enfant est pourtant déjà autonome puisque le sang qui coule dans ses veines ne se mélange pas à celui de sa mère.
Chair de notre chair, il n'est déjà plus tout à fait nous même, mais déjà un autre, promesse d'être humain, sujet indépendant.
Or, il arrive que nous ne traitions pas nos enfants en sujets.
Parfois, plus ou moins fréquemment, plus ou moins insidieusement, plus ou moins violemment, nous les traitons en objets.
Françoise Dolto nous a pourtant prévenus.
Objets issus de notre volonté raisonnée de plus en plus souvent, et non plus seulement de nos désirs profonds mûs par notre seul instinct de reproduction.
Réceptacles dès la naissance, de nos souhaits les plus inconscients, nous les façonnons et les manipulons des années durant. Chargés de réparer nos fautes, de réussir là où nous avons échoué, de poursuivre nos rêves inachevés.
Trop souvent nous oublions qu'ils sont Autres. Des sujets à part entière, dotés d'une conscience, tout comme nous. A qui rien ne manque, si ce n'est les savoirs de notre culture, qu'il nous incombe de leur transmettre.
Cela commence lorsque nous ne respectons pas leurs rythmes naturels en cherchant à réguler leurs repas et leurs périodes de sommeil.
Cela continue lorsque nous méconnaissons leurs signaux qui cherchent à nous prévenir du besoin d'élimination naturelle et les obligeons à faire leurs besoin sur eux, dans une couche.
Cela se poursuit lorsque nous les perturbons dans leurs activités, sans sommation ni préparation, sans respect pour ce qu'ils vivent, eux, qui sont tellement dans l'instant présent.
Cela s'aggrave lorsque grandissant, nous nous mettons à user du chantage, de la violence psychique ou physique pour parvenir à les plier à notre volonté et soumettre leur conscience. Voyez ce qu'en disait Janus Korczak.
Cela perdure tout au long de l'enfance lorsque nous décidons à leur place, sans cesse, de tout ce qui les concerne pourtant. De leurs ressentis (faim, froid, fatigue...), de leurs activités, de leurs lectures, de leurs amitiés...
Cela se retrouve encore lorsque nous ne respectons pas leur intimité, qu'elle soit corporelle ou psychique. Lorsque nous perçons leurs secrets, fouillons leurs affaires, entrons sans frapper à la porte, ne respectons pas leur pudeur quand elle se présente.
Les enfants ne sont pas là pour nous. C'est nous qui avons à être là pour eux.
Notre plus beau rôle c'est de les guider et les accompagner tout au long de ces "intenses années de travail" durant lesquelles nos enfants "construisent l'Homme" en eux. Les guider en empruntant une voie sincère. En ayant toujours à l'esprit qu'ils sont des sujets conscients à qui nous devons le respect dû à tout être humain.
Leur apprendre à être à l'écoute d'eux-mêmes en étant disponible pour répondre à leurs besoins. Leur enseigner comment être en relation avec les autres en étant juste dans notre relation à eux. Savoir les rassurer lorsqu'ils ont peur ou se font mal, être le tuteur dont ils ont besoin pour grandir fièrement. Les accompagner dans leurs découvertes en leur offrant à la fois l'autonomie et la sécurité. Avoir confiance en leurs capacités pour leur permettre de croire en eux-mêmes et de placer à leur tour leur confiance dans les autres.
C'est là l'essence même du rôle des parents. Albert Jacquard nous rappelle l'éthymologie du verbe "Eduquer".
Nos enfants n'ont pas à satisfaire nos besoins ni à répondre à nos attentes car ils sont eux-mêmes, désormais et pour toujours. Nous devons leur permettre d'accèder à leur destinée et non les façonner selon notre volonté. Vouloir leur bonheur et non leur "réussite". Savoir les motiver au lieu de les forcer. Etre à leur écoute et non à la nôtre.
Cela n'est possible que si nos propres besoins sont satisfaits par ailleurs car nous ne comptons pas alors sur nos enfants pour les combler.
Il est donc capital de nous occuper aussi de nous-même, en tant que sujet qui a ses propres besoins, cela d'autant plus qu'ils n'ont pas été satisfaits en leur temps, lorsque nous étions, à notre tour, de petits enfants.
Lorsque nos peurs sont enfin dominées, nos angoisses effacées, nos manques comblés, nous pouvons alors donner le meilleur de nous-mêmes à nos enfants et leur épargner le pire dont nous sommes sans doute aussi tous capables...
Emmanuelle Blin-Sallustro, septembre 2004
Editorial n° 10 du site maternage : Le maternage, ou comment se simplifier la vie en vacances !
Le maternage, ou comment se simplifier la vie en vacances !
L'été est là. Pour bien des familles, c'est le temps des vacances.
Et avec elles, le moment de la préparation du départ. Il faut songer à rassembler les affaires nécessaires à chacun. Quand la famille compte un bébé parmi ses membres, voyager, que l'on soit en voiture, en train ou en avion, devient bien souvent une véritable expédition ! Le matériel de puériculture prend beaucoup de place. Le lit de voyage et la poussette remplissent à eux deux une bonne partie du coffre, auxquels s'ajoutent le matériel de biberonnerie, les talkies, les jouets, le transat, l'ombrelle...
Voyons un peu ce qui se passe lorsque le bébé est materné selon les principes de "l'attachment parenting" qu'on peut traduire par le parentage d'attachement.
Bébé est porté contre le corps de ses parents la plupart du temps. Au moyen d'une écharpe ou d'un porte-bébé qui permet un portage fréquent qui n'endolore pas le dos du porteur. Bébé peut alors être emmené partout, et par tous les temps. La poussette devient inutile, tout comme le transat et tout porte-bébé encombrant.
L'écharpe ne prend aucune place inutilement et rend de nombreux services lorsqu'elle n'est pas employée pour porter bébé.
Dans
la voiture ou le train elle se transformera alternativement en
couverture et en repose-tête. En ballade on pourra y déposer bébé
endormi sur le sol tout en le recouvrant de tissu, ou l'utiliser comme
matelas pour le change, ou encore le transformer en hamac, lorsqu'on
peut l'accrocher entre deux montants quelconques, pour bercer bébé,
l'endormir ou le laisser regarder et gazouiller !
Bébé est allaité. Il n'y a donc rien à emmener de particulier pour le nourrir. Pas de boîte de lait, pas de bouteilles d'eau minérale, pas de biberons et de tétines, pas de matériel de stérilisation, ni de goupillon. Eventuellement quelques coussinets d'allaitement s'ils sont encore nécessaires. Bébé n'a quant à lui besoin que de sa mère. Et puisqu'elle aussi part en vacances, tout va bien !
Il n'aura pas à attendre que l'on prépare son repas et ne connaîtra pas la faim qui tenaille le ventre. Il pourra se nourrir selon sa volonté, en fréquence comme en quantité, sans contrainte pour personne, et surtout pas pour la maman qui, en allaitant, se repose, crée un lien étroit avec son bébé et améliore sa santé.
Bébé dort avec ses parents qui pratiquent le co-dodo. Il n'a donc pas besoin de lit.
A la maison un arrangement de la chambre a été réalisé pour permettre à chacun de disposer d'une place suffisante pour bien dormir. Peut-être un lit pour le bébé a-t-il été installé en side-car contre le lit parental, à moins que celui-ci ne soit en grande largeur !
En vacances, habitués à dormir avec leur enfant, les parents sauront
parfaitement aménager l'espace du sommeil pour la sécurité de bébé, en
poussant le lit contre un mur, par exemple.
Ici un livret de l'Unicef qui présente les règles à respecter pour pratiquer le co-dodo en toute sécurité.
Un traversin ou un coussin d'allaitement pourra être très utile si bébé à moins de 6 mois. La nuit, il pourra faire écran avec le mur afin que bébé ne se cogne pas. Le jour il lui permettra de faire ses siestes à proximité des siens, en extérieur, au grand air, posé confortablement sur le coussin replié en U. Cela au moins tant qu'il ne se retourne pas encore. Il sera bien entendu utile lors des moments d'allaitement en soulageant le dos de maman. Et pendant le voyage, il pourra encore servir d'oreiller ! Que d'usages pour l'encombrement proposé !
On le voit bien, materner simplifie la vie grandement sur le plan pratique !
Sur le plan financier, on dépense bien moins d'argent en ne cédant pas aux sirènes de la société de consommation pour qui les jeunes parents sont avant tout de bons clients ! Poussette, landau, nacelle et siège de voiture, transat, trotteur, barrières, parc, lit, siège de bain, porte-bébé encombrant, biberons, tétines, stérilisateur, sucette, boîte à musique, doudou, mobiles, sac à couches, jeux d'éveil... En dehors du siège bébé -indispensable si l'on possède une voiture-, rien de tout cela n'est absolument nécessaire et certains objets peuvent être réalisés à la maison, simplement ! Les frères et soeurs aiment participer à la réalisation manuelle de mobiles ou de jouets...
Sur le plan psycho-affectif cela peut sembler plus lourd et plus prenant, mais en fin de compte, c'est tout bénéfice pour tout le monde. La relation d'attachement qui se construit avec l'enfant devient si puissante et si aboutie qu'elle transforme toute la contrainte des soins à donner à l'enfant en moments de bonheur partagé.
Une paire de seins et une paire de bras (les deux nous sont livrés ensemble, naturellement !), une écharpe de tissu, un traversin, des idées simples... et bébé est totalement intégré à la vie familiale qu'il peut alors découvrir, observer, apprendre et apprécier pour le bonheur de tous ses membres !
Materner nous amène à redécouvrir la joie des choses simples.
On
peut être inventif, créatif, et se sentir valorisé dans ses capacités
parentales, fier de soi et heureux de prendre soin de son enfant à peu
de frais, en toute simplicité...
Emmanuelle Blin-Sallustro, juillet 2004
Editorial n° 9 du site maternage : Porter son enfant en écharpe... ou la petite histoire d'une grande histoire à vivre avec son
Porter son enfant en écharpe... ou la petite histoire d'une grande histoire à vivre avec son bébé...
Au commencement, les jours qui suivent la naissance, on fait
connaissance dans son lit avec son bébé nouveau-né en le posant sur sa
poitrine, puis, rentrée à la maison, on l'emballe dans une écharpe de
tissu en coton naturel, tissée tout spécialement, souple et douce pour
la peau et on porte continuellement son petit très souvent endormi,
blotti tout contre sa poitrine.
La relation entamée pendant la
grossesse se prolonge alors avec bonheur et plaisir. La maman ne
ressent pas la souffrance du "ventre vide" car bébé est toujours là. Au
lieu d'être dans le ventre, il est dessus, juste un peu plus haut, tout
près du coeur. A portée de caresses, de bisous et sous le regard
bienveillant de son porteur. Déjà habitué au poids de l'enfant à terme,
le dos des mamans en profite pour se remettre en place et se remuscler
grâce au portage dès la naissance d'un bébé dont le poids augmentera
progressivement. Pour la mère, c'est -paradoxalement- quand bébé est le
plus proche, qu'il se révèle le moins pesant, physiquement, et
psychiquement. La mise en route de l'allaitement est quant à elle
facilitée par les tétées fréquentes et prises à la demande qu'il
autorise, ce qui ne limite pas pour autant les bienfaits du portage aux
bébés allaités !
Pour l'enfant, le plaisir c'est d'être bercé par les mouvements et les sons. D'être dans le rythme de la vie. L'immobilité et le silence, c'est le néant, la mort, pour un bébé qui n'a jamais connu cela. Les balancements de la marche et de tous les mouvements du porteur, ainsi que les bruits et les paroles de son environnement, c'est la vie qui continue, naturellement, grâce au portage intensif.
Ce plaisir partagé par les deux protagonistes, le porté et le porteur, favorise l'attachement. Physiquement, c'est évident puisqu'ils sont tous les deux "emballés " ensemble, corps contre corps, peau contre peau, sans paroi de séparation. Psychologiquement, cela en découle de façon indéniable, et le lien d'attachement élaboré à l'intérieur du corps maternel peut se tisser solidement à l'extérieur, maille par maille... grâce au tissu.
Puis, les jours passant, on comprend combien la vie quotidienne est facilitée par le portage intensif de son bébé en écharpe.
Les
déplacements sont simplifiés, on voyage léger. En ville, bébé se
ballade à hauteur d'homme. Tenu à distance des pots d'échappement, il
observe les voitures de haut, évitant ainsi bien d'autres dangers...
Papa ou maman peuvent prendre les escaliers sans avoir besoin d'aide,
monter dans le bus ou encore entrer dans des espaces bondés, sans être
encombrés par une poussette (format 4 x 4 breaks maintenant !) ni géner
des occupants souvent déjà bien assez stressés.
Lorsqu'elle n'est
pas utilisée pour porter, l'écharpe se transforme en couverture, en
hamac, en "attache bébé sur n'importe qu'elle chaise", en pare-vent, en
matelas pour le lange à l'extérieur...
On s'aperçoit au quotidien que le portage permet à chacun de vivre à son rythme, sans contrainte. Bébé se repose, observe, participe, dort, au gré de ses besoins. Lorsqu'il est fatigué il s'endort simplement rassuré par la présence humaine permanente. Le porteur aussi peut aller, venir, entrer, sortir, discuter, faire ses courses, téléphoner, travailler, oeuvrer dans sa maison... Tout cela sans jamais devoir suspendre ses activités pour prendre le temps d'endormir son bébé, ou de le rendormir pour la xième fois. Quand il "se réveille" dans un demi sommeil pour vérifier si rien n'a changé depuis qu'il s'est assoupi, il se rendort facilement puisque les conditions sont semblables. Et quand il a fini de dormir, il n'a pas besoin de crier pour appeler, ni de verser de larmes si l'on tarde à venir, puisque son porteur est encore là, qui, déjà lui dit "bonjour" et lui procure sourires et caresses !
Si d'aventure la famille compte plusieurs autres membres, l'écharpe
devient vite irremplaçable car les besoins du bébé peuvent tous être
facilement comblés sans faire de lui le "voleur de maman" de ses frères
et soeurs... La vie continue, comme avant, avec un membre de plus dans
la famille, qui partage la vie commune sans la perturber. Les ainés les
plus grands découvrent eux aussi le plaisir de porter. Ils éprouvent en
effet de la joie à s'occuper de leur petit(e) frère(soeur) et à tenir
un instant, "pour de vrai", leur futur rôle de parent, tout en
apportant un relai à leur maman.
Les parents porteurs, qu'il
soient père ou mère, peuvent accompagner un aîné à l'école ou au club
de sport sans avoir à réveiller bébé. Ils peuvent avoir toutes sortes
d'activités : relationnelles, domestiques, professionnelles ; bref, ils
peuvent vivre leur vie sans se sentir esclaves de leur enfant, ni
désirer le mettre à distance et le faire garder.
Au contact permanent des autres, bébé s'éveille vite. De plus en
plus souvent réveillé, il observe son environnement, apprend les gestes
et les comportements de sa culture, baigne dans le langage et connaît
de fréquents moments d'échanges relationnels.
Lisez ce texte inédit sur le site sur "Portage, langage et développement cognitif"
Dans
la rue les personnes qui abordent la mère s'adressent toujours au bébé
porté et celles qui le croisent le regardent au moins toujours...
L'enfant existe dans la communauté des humains. Il se tient debout,
face aux autres, à hauteur de regard et communique ! On observera
fréquemment qu'une situation vécue dans le stress par bébé lorsqu'il
est au sol ne l'est plus dans les bras de son porteur (comme le passage
de l'aspirateur ou la rencontre d'inconnus...).
Et quand il le
souhaite, fatigué par toutes ces stimulations, il se retire du monde en
se lovant contre le corps de son porteur où il peut s'abandonner,
rassuré, dans le sommeil.
Puis bébé atteint ses 9 mois et termine sa vie de "sans-cesse"
porté. Sa gestation se termine réellement après cette deuxième partie,
menée ex-utéro, lorsqu'il devient capable de se déplacer par lui-même.
Il en a d'ailleurs très envie. Quel joie de pouvoir enfin explorer son
univers et aller saisir toutes ces choses que l'on a vu manipulées
depuis des mois par les autres !
Le bambin alterne alors les
périodes de jeu et de déplacement au sol avec les moments passés à
table et dans le bain, et les temps de portage qui répondent alors de
plus en plus souvent à son besoin de se reposer ou de dormir.
Les
ballades se font toujours en écharpe mais sur le dos, c'est si pratique
! On peut porter des paniers ou des cartons en conservant sa liberté de
mouvement et sa force intactes. Avec l'habitude, le bambin est installé
sur le dos en 1 minute où il ne pèse rien, tant le poids est bien
réparti par le nouage du tissu, malgré ses 9 à10 kilos...
Les grands primates ont des poils pour que leurs bébés s'accrochent. Chez l'homme, des lanières et des pans de tissu ont remplacé sur l'ensemble de la planète les poils de nos ancêtres. Il semblerait même que le porte-bébé ait été le premier outil inventé par l'homme (plutôt par la femme alors !). Partout les mères portent et fabriquent leurs porte-bébé avec les moyens du bord. Pagne africain de coton, rebozo mexicain, porte-bébé en cuir ou en filet en afrique, en tissu en asie et en orient...
En occident industrialisé, les femmes se remettent à porter mais la
plupart des porte-bébés commercialisés massivement ne sont
malheureusement pas de bons modèles. Mal conçus, ils sont peu
confortables pour l'enfant qui est en mauvaise position, suspendu par
ses parties génitales, les jambes pendantes et le dos cambré. Ils sont
aussi peu confortables pour le porteur qui doit faire des réglages et
finit par trouver bébé lourd pour son dos dès 3 à 4 mois (je le sais,
j'ai utilisé les kangourous pour mes deux ainées). Enfin, en plaçant
une séparation entre le bébé et le corps du porteur, ils empêchent les
échanges thermiques naturels. On doit donc vêtir l'enfant d'une
combinaison pilote par temps froid, ce qui l'éloigne encore plus du
corps de son porteur et le rend par conséquent plus lourd et plus
difficile à porter longtemps.
En écharpe, pas besoin d'habiller bébé
pour sortir -ce qui ne manquerait pas de le réveiller ; c'est le
porteur qui se couvre d'un manteau à larges pans, d'une cape, d'un
blouson ample ou de tout autre vêtement qui protège l'enfant en même
temps que lui-même. Dans certains pays comme la Finlande ou le Japon,
des manteaux adaptés permettant de porter son enfant devant sur le
ventre, et derrière, sur le dos, sont vendus dans les grandes surfaces
de puériculture et sur catalogue... En France on trouve vêtements et
écharpes sur internet.
Peut-être devrions nous simplement nous souvenir que notre espèce appartient à l'ordre des primates. Ce qui fait de nous des porteurs et non des nidicoles. Nos petits sont censés rester au contact d'une mère qui répond majoritairement et constamment à tous leurs besoins -nourriture, chaleur, éveil, sécurité- tant qu'ils ne sont pas autonomes dans leur déplacement. Ils ne sont pas censés être disposés dans de jolis petits nids brodés et décorés de milles choses, attendant d'être nourris, sur le plan physiologique mais aussi sur le plan psychique, à intervalles réguliers...
Si le portage a effectivement permis l'émergence du langage à la préhistoire en prolongeant et en intensifiant la période de développement cérébral du nourrisson, on devrait peut-être s'interroger sur les conséquences sur notre évolution du maternage distal que reçoivent aujourd'hui le plus fréquemment la grande majorité des bébés occidentaux...
Emmanuelle Blin-Sallustro, mai 2004
Editorial n° 8 du site maternage : Des laits interchangeables... vraiment ?
Des laits interchangeables... vraiment ?
A force de l'acheter embouteillé en magasin, on finit par croire que le lait est un aliment comme un autre, un quelconque sous-produit de l'élevage... Pourtant, le lait n'est pas un aliment anodin, mais un aliment biologique très spécifique. La seule substance qui soit produite uniquement par les femelles du genre animal des mammifères auquel nous appartenons. Le seul aliment capable de nourrir à lui seul un bébé de longs mois durant, alors même qu'il est dans une phase majeure de croissance cérébrale et physique.
Dans des temps moins modernes, alors que la science ne cherchait pas
encore à tout expliquer, la sagesse populaire parlait communément de
"grossesse de sang" et de "grossesse de lait". Or les nombreux travaux
menés au cours du XXème siècle ont permis de démontrer et de faire
admettre la réalité de cette spécificité très humaine.
En effet,
aucune autre espèce ne voudrait de la larve qu'est le petit de l'homme
à sa naissance. Totalement dépendant des soins d'adultes maternants, il
n'acquiert son autonomie de déplacement qu'après une deuxième période,
vécue ex-utéro, d'une durée sensiblement égale à la première, vécue
in-utéro. C'est la rançon de l'évolution qui nous a fait nous
verticaliser, rendant par là-même notre bassin plus étroit, favorisant
l'accroissement de notre cerveau, et donc de notre boîte cranienne. Un
bassin plus étroit, une tête plus grosse, l'adaptation trouvée pour
notre survie a été de naître avant terme, très prématurément au regard
des autres mammifères qui ont généralement achevé leur développement
psychomoteur à la naissance.
La nature a fait en sorte que nous puissions naître, sans décéder ou tuer notre mère. Ainsi nous pouvons cesser de nous développer en son sein ... et nous retrouver sur ses seins nourriciers pour y poursuivre notre développement de manière optimale...
Fabriqué par chaque mère mammifère pour nourrir ses petits, les différents laits animaux sont extrêmement divergents. Leur adaptation aux besoins spécifiques de chaque espèce est parfaite. Ils répondent à tous les besoins nutritionnels du bébé mais aussi aux besoins liés à son développement particulier, grâce à leurs éléments constitutifs, si nombreux qu'on ne les connaît pas encore tous, si complexes qu'on n'a pas encore décodé toutes leurs fonctions...
Les effets bénéfiques de l'allaitement maternel sur la santé sont largement étudiés depuis les années 80. Mais notre langage est biaisé, car on devrait plutôt parler des effets négatifs de l'alimentation au lait de substitution.
Préparés à base de lait de vache -rappelons-le, car tout le monde ne le sait pas-, les laits de substitution ont des effets majeurs sur le développement à cause, notamment, des facteurs de croissance, spécifiques à chaque lait.
Il est vraisemblablement raisonnable d'affirmer aujourd'hui que l'augmentation de notre taille au cours des derniers siècles est due en bonne partie à la progression de la consommation des produits laitiers (très majoritairement à base de vache) dans notre alimentation. Cela peut paraître une bonne chose à première vue, mais l'est-ce vraiment ? Etre plus grand ne veut pas dire avoir des os plus solides, au contraire, si l'on observe le risque de fracture et d'ostéoporose très important dans nos sociétés consommatrices de produits laitiers, pourtant censés apporter tout le calcium nécessaire à nos os...
Le non-allaitement a aussi des effets sur notre croissance pondérale. Il a été démontré que la croissance des enfants allaités diffère de celle des enfants nourris au lait de substitution, tant et si bien que l'OMS révise actuellement les courbes de croissance des carnets de santé à partir d'enfants allaités selon leurs recommandations (6 mois d'allaitement exclusif). Et l'on sait aussi maintenant que l'allaitement maternel réduit le risque ultérieur d'obésité, d'une manière véritablement dose-dépendante à la dose de lait maternel reçue. La composition même du lait est bien là encore en cause.
Enfin, selon une étude d'avril 2002, le lait de vache provoquerait une altération de l'ADN des enfants qui en sont nourris. Consommer dès la naissance un autre lait que celui prévu par la nature, serait donc source de mutations...
Quand aux effets sur l'intelligence, ils restent controversés malgré différentes études publiées. Les détracteurs de cet aspect d'un bénéfice possible de l'allaitement maternel affirment qu'il est difficile d'évaluer la part de l'aspect nutritif de celle de l'aspect relationnel induit par l'allaitement au sein. Pourtant une étude l'a fait, en prenant pour population des enfants prématurés nourris de lait maternel, ou non, par sonde de gavage. Elle a montré un impact évident sur leur QI.
Il reste encore beaucoup de choses à découvrir et à étudier sur la composition du lait humain, mais tout permet de penser qu'il joue un rôle important non seulement pour la protection de l'enfant pendant la période d'allaitement, mais aussi à plus long terme, en raison de son impact sur la mise en place du système immunitaire global de l'enfant.
Différentes études ont en effet prouvé que l'allaitement maternel offre une protection significative contre les allergies, contre l'obésité, contre le diabète, contre les maladies neurologiques, bref, contre la plupart des maux qui connaissent aujourd'hui une véritable explosion et constituent des enjeux de santé publique majeurs. Est-ce vraiment un hasard ? Je suis convaincue que non, et que nous payons aujourd'hui les conséquences du nourrissage précoce et massif de nos nouveaux-nés avec le lait d'une autre espèce.
Bien sûr les arguments santé ne suffisent pas à eux seuls à faire allaiter une maman qui ne le "sent vraiment pas". Ces mamans-là ont besoin d'un accompagnement particulier qui leur permettrait de comprendre et dans la plupart des cas, de lever leurs blocages. Mais les arguments santé peuvent au moins influencer les mamans qui hésitent ou choisissent l'alimentation au biberon et lait de substitution seulement pour pouvoir "laisser bébé de temps en temps" (car ce n'est pas incompatible avec l'allaitement exclusif).
Pour cela encore faudrait-il que les futures mères reçoivent durant leur grossesse une information claire et objective sur l'allaitement maternel, comme le préconise la troisième recommandation du label "Hôpital ami des bébés". Ce qui n'est bien entendu absolument pas le cas aujourd'hui en France. Se cachant derrière la soi-disante volonté de ne pas culpabiliser les mamans qui ne désirent pas allaiter, les professionnels de santé dans leur majorité ne donnent aucune information sur l'allaitement, et masquent ainsi, au mieux leur incompétence, au pire leur propre culpabilité de ne pas avoir allaité leurs enfants.
Il serait donc temps de sortir de ce discours stérile et de mener enfin une véritable campagne d'information pour l'allaitement et de formation des professionnels, compte-tenu des enjeux de santé publique qu'il représente, comme on mène campagne contre le tabac. Et puisque la mesure semble fonctionner pour ce dernier, pourquoi ne pas taxer les laits de substitution et utiliser l'argent ainsi récolté pour fournir une information et un soutien à l'allaitement maternel qui soit enfin de qualité...
Emmanuelle Blin-Sallustro, mars 2004
Editorial n° 7 du site maternage : De la maternologie à l'instinct maternel...
De la maternologie à l'instinct maternel...
Une relecture de l'allaitement vu à la télévision française cette fin d'année 2003.
Le 23 octobre, France 2 a diffusé dans son émission "Envoyé spécial" un reportage sur un service hospitalier unique en son genre : l'unité de maternologie de l'hôpital Charcot.
Dans ce service où l'on traite les "accidents de maternité", une dizaine de femmes sont prises en charge de quelques jours à plusieurs mois. Elle viennent là de leur plein gré car leur rendez-vous avec le bébé s'est mal passé, plus ou moins vite après sa naissance. Comme près d'une maman sur dix, elles ressentent douleur, frustrations et difficultés à exercer leur nouveau rôle avec ce bébé.
Le décryptage des difficultés, différentes pour chaque mère, est
fait par une équipe pluridisciplinaire en visionnant un enregistrement
vidéo. Au départ, 13 ans en arrière, toutes les interactions
mères-enfants été filmées, mais ils se sont vite aperçu que les
séquences de nourrissage à elles seules, révélaient toutes les clés...
En effet, selon Jean-Marie Delassus, le chef de ce service,
l'allaitement -qu'il soit au sein ou au biberon, peu importe le lait-
est "le moment le plus révélateur du lien mère-enfant en étant
révélateur de la capacité du don, don au sens profond : se donner l'un
à l'autre"...
Or quel don plus grand, plus essentiel, plus charnel,
plus proximal et plus entier que le don de son lait, fabriqué par son
corps, donné directement de son sein à la bouche de son enfant ?...
Allez,
faites un effort, essayez de vous souvenir -ou d'imaginer, selon que
vous ayez été allaité ou non- ce que cela vous évoque de téter le sein
de votre mère...
Evidemment, dans le sujet présenté, les mères
biberonnent toutes... Et si l'allaitement avait pu préexister à
l'entrée du service de maternologie, il y serait mis à mal puisqu'ici
les mères et les enfants sont obligatoirement séparés durant la nuit ;
le bébé étant pris en charge par une infirmière qui le nourrit au
biberon, pendant que sa mère récupère en dormant à l'aide de pillules.
Pourtant, le bébé est programmé pour vouloir sa mère. Son instinct à lui, la réclame. Il la veut pour se nourrir parce que c'est le meilleur moyen qu'a trouvé la Nature pour ne pas séparer ces deux-là. Totalement inachevé à sa naissance et encore de longs mois durant, le bébé a besoin de sa mère tout autant pour son lait que pour ses bras, son regard, son balancement, sa chaleur, sa protection, son soutien pour un développement psycho-moteur et une structuration mentale et psychique optimaux.
Mais le bébé veut aussi sa mère pour la construire. En l'obligeant à être disponible pour lui, à son écoute permanente, cherchant à interpréter ses signaux que l'on sait très structurés, à répondre à ses besoins, à maintenir la symbiose commencée pendant la grossesse grâce au lien physiologique et psychique puissant qu'est celui de l'allaitement au sein ; l'enfant "fait" sa mère. Quand il ressent (parfaitement bien) qu'elle va mal, il se manifeste comme il peut pour "forcer la relation" afin de guérir sa mère.
Finalement, dans cette unité de maternologie on cherche à guérir la
mère séparément de son bébé à l'aide de médicaments et d'entretiens
quotidiens avec des thérapeutes, tout en mettant à distance son premier
et meilleur thérapeute qu'est son bébé. N'est-ce pas lui qui a révélé
le problème à l'entourage et à sa mère, par son comportement et ses
somatisations ?
Or , les entretiens thérapeutiques des mamans
révèlent toujours des difficultés qui viennent de l'enfance, de leur
passé de petite fille, de leurs relations avec leurs parents... Toutes
ces mères qui craquent n'auraient-elles pas elle-mêmes subi dans leur
petite enfance un maternage bancal, favorisé par l'absence
d'allaitement au sein, la mise à distance corporelle et psychique,
l'ignorance des besoins et des pleurs, les séparations précoces
prolongées d'avec leur propre mère...
En brisant la permanence du
lien qui l'unit naturellement à son enfant, on empêche ce dernier de
guérir sa mère, et c'est bien dommage. Accompagner la relation
mère-enfant est nécessaire mais freiner son accomplissement est
dommageable. Dommageable pour elle, qui devra pourtant tenir encore
longtemps son rôle, amputée dans ses capacités maternelles. Dommageable
pour lui, qui doit se séparer d'elle. Ce faisant, n'est-on pas aussi en
train de décaler le problème à la génération suivante ?
En décembre, sur le plateau de l'émission Psychologies sur France 5,
Boris Cyrulnik nous dit que l'instinct maternel ne veut plus dire grand
chose pour les êtres humains. Qu'à peine né nous réfléchissons, nous
construisons de la pensée, nous devenons humains en baignant dans la
culture. Mais plus loin, il dit aussi que c'est différent lorsque des
hormones sont en jeu.
Or l'allaitement met la mère dans un état
hormonal particulier, fait d'ocytocine, l'hormone du plaisir, et de
prolactine, hormone apaisante. Pour illustrer le sujet, une jeune maman
aux formes et à la poitrine généreuses (Image de la mère, quand tu nous
tiens !) révèle son bonheur d'être devenue mère pour la première fois.
Et bien sûr, elle allaite son bébé, mais aussi elle l'endort au sein,
elle le porte, elle dort près de lui...
Jean-Marie Delassus, quand à lui -dans le sujet sur la maternologie-, refuse que l'on parle d'instinct maternel. Ce mot dangereux coincerait les mères dans une identité anormale (si l'instinct existe, pourquoi est-ce-que je ne ressens pas d'élan pour ce bébé ?) et les priverait d'espoir (on ne peut soigner le défaut d'instinct).
Michel Odent nous dit lui, qu'en se privant du cocktail d'hormones naturellement en jeu lors d'une maternité naturelle (durant la grossesse, la naissance et l'allaitement) on se prive de ce que la nature a développé tout au long des millénaires pour nous permettre d'assurer la saine reproduction de l'espèce.
Alors, va-t-on continuer encore longtemps à ignorer que l'instinct maternel est directement lié à la présence des hormones physiologiques mises en jeu lors d'une maternité naturelle ? Cela a été vérifié chez toutes sortes de mammifères, y compris chez nos cousins les grands singes, mais on persiste à nier que cela puisse compter pour l'espèce humaine.
Pour devenir mère, c'est comme pour tout autre apprentissage, il faut "s'y coller" ! La nature a tout prévu, laissons-là faire.
Cessons
d'interférer sans cesse, à toutes les occasions, à tous les niveaux.
Cessons d'agir sur le climat hormonal des femmes en les stressant
inutilement durant leur grossesse avec des examens à tout moment qui
s'ajoutent aux manques d'humanité et de temps. Cessons d'agir sur le
climat hormonal des parturientes en substituant aux hormones naturelles
de l'accouchement des hormones de synthèse et des analgésiques. Cessons
de priver les mères du climat hormonal particulier de la femme
allaitante, qui favorise tellement le maternage. Cessons d'accuser les
mères qui maternent d'être trop fusionnelles. Cessons de séparer les
mères de leurs enfants et les enfants de leurs mères.
Et n'oublions pas que si nos arrières-grands-mères et nos grands-mères n'ont pas eu de plaisir à être mères, ce qui nous a amenés au féminisme à la française ; c'est parce qu'on a cassé leurs élans, en les culpabilisant sans cesse de suivre leur instinct maternel ; maintenir le bébé dans un état d'hygiène parfait, "régler" l'enfant, le maîtriser, prévalaient alors. Retrouvons la joie de materner en s'y laissant aller, la joie d'être dans le don de soi, pour l'épanouissement des mères, des pères et de leurs enfants.
Emmanuelle Blin-Sallustro, janvier 2004
Editorial n° 6 du site maternage : Où va l'école de France ?
Où va l'école de France ?
Scolarisation à 2 ans, phobie scolaire, 12 % d'illetrisme, échec du collège unique, crise des enseignants...
Dans le primaire comme dans le secondaire, rien ne va plus.
Tout commence par la première rentrée de maternelle qui est souvent un véritable cauchemar avec 30 enfants qui arrivent le même jour (mais pourquoi ne pas étaler la rentrée sur la première semaine, vraiment, pourquoi ?) dans un lieu nouveau, entouré d'inconnus. Avec des instits plus ou moins bien formés, qui profitent d'un enfant qui a le dos tourné pour dire à ses parents de s'esquiver rapidement, au mépris de la psychologie la plus basique ; des enfants qui pleurent de toutes leur tripes avec seulement deux paires de bras pour les consoler tous. Lisez un témoignage de rentrée scolaire.
Ca se poursuit avec des années de maternelle où l'école, devenue plus paternelle que maternelle, se donne déjà des objectifs à atteindre pour des bouts de choux malmenés dans leur rythmes, obligés de se couler dans le moule. Là le témoignage d'une institutrice sur la notation en maternelle. Des enfants par ailleurs bien souvent livrés à eux-mêmes dans l'arène des récréations quotidiennes où ils sont sommés de se socialiser de force, sans repère ni modèles pour apprendre à gérer leurs conflits.
Ca continue avec des années d'école primaire où les devoirs à faire après l'école sont toujours en vigueur malgré leur suppression officielle, comme si des enfants de cet âge n'avaient pas tout autant besoin de temps pour jouer sans objectif éducatif, révâsser, s'ennuyer...
Avec un apprentissage de la lecture qui se fait dans l'urgence et la douleur, révèlant de nombreuses dyslexies. Alors que la recherche sur le fonctionnement du cerveau lors des apprentissages a démontré que le plaisir était nécessaire à leur fixation. Il y a aussi cette édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, qui a dtrémoné que l'odrre des ltteers dnas un mto n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot... Et pourtant les méthodes de lecture globales sont toujours pointées du doigt et désignées comme de mauvaises méthodes ! Mais c'est le peu de temps (1 trimestre, voire 2 si on est magnanime) qu'on laisse aux enfants pour apprendre à lire qui est en cause. Pourtant mes enfants ont appris à lire en prenant leur temps, et en conservant toujours le plaisir de lire, avec la méthode de la voie directe prônée par l'AFL, et ce sont désormais (et pour toujours) de grands lecteurs (12 romans en 2 mois pour ma fille de 14 ans cet été).
S'ils sont formés à la pédagogie en IUFM, les futurs professeurs des
écoles (c.ad. les anciens instituteurs du primaire) ne reçoivent que
rarement un enseignement aux pédagogies dite actives. Cent années de
pédagogies dites nouvelles ou actives n'y ont rien changé. Freinet,
Montessori, Cousinet, Steiner et tous les autres, peuvent se retourner
dans leur tombes ! Pourtant ces pédagogies offre l'avantage majeur de
conserver intact le désir inné d'apprendre des enfants, en ne refusant
pas leur curiosité naturelle, à l'inverse des méthodes actuellement
employées qui font de l'école un lieu où l'on doit se rendre sans
savoir pourquoi, afin d'y apprendre à répéter sans réfléchir et sans
plaisir, des connaissances tirées arbitrairement du Savoir universel.
Ici, une nouvelle liste de discussion sur les écoles libres.
Et un lien vers le plus ancien et le plus riche annuaire des ecoles différentes.
Au collège, les élèves comme les enseignants vont mal. Préparés huit
années durant à respecter les règles, à apprendre par coeur, à
travailler sans rechigner, à ne pas utiliser leurs compétences
créatives et à discipliner leur curiosité, les premiers ont perdu tout
sens de l'initiative et toute joie d'apprendre. En revanche ils savent
déjà très bien gruger, mentir ou faire semblant.
Les seconds ne
sont, eux, jamais formés à la pédagogie. Ca paraît absurde, mais c'est
bien réel. Ils ont certes le niveau requis en maths, en français, en
histoire-géo, en langue, etc, mais ils n'ont aucune compétence
pédagogique. Ils seraient comme des bouchers, incollables sur les
différentes parties du boeuf, mais incapable de vous tailler un steak.
Le par coeur est toujours la seule bonne manière d'apprendre, le
plaisir est toujours absent de l'enseignement qui doit être triste et
rigoureux pour être honnête, et les punitions de toutes sortes (mises
au coin, copies de ligne, retenues) sont toujours les seuls "outils
pédagogiques" connus et utilisés.
On est alors pas étonné d'entendre ci et là des manifestations de frustration de la part de profs excédés et incapables de communiquer d'être humain à être humain avec les élèves. La plupart sont "pollués" par une vision de l'enfance totalement fausse. Les enfants sont interdits de baîller alors que c'est une action physiologique et que 4 heures de cours à 11 ans c'est long ; baillonnés de scotch pour qu'ils soient moins bavard ; mis au coin pour avoir fait tomber une règle qui sera d'ailleurs confisquée... les exemples absurdes ne manquent pas.
On entend parfois parler de respect mutuel entre élèves et adultes, mais c'est seulement un thème à la mode. Dans les faits les élèves ne sont jamais respectés car ils sont toujours considérés comme étant inférieurs, ayant encore tout à apprendre des adultes. En revanche on exige d'eux des efforts démesurés, équivalents -ou pires ?- à ceux des adultes : se lever tôt 5 jours par semaine, rester concentrés et attentifs 7 à 8 heures durant avec de courtes pauses bruyantes, sans pouvoir même soulager leur vessie bien souvent, manger une nourriture probablement équilibrée mais totalement dénuée de saveur dans une ambiance bruyante, et pour finir, travailler à la maison 1 à 2 heures encore chaque soir. Et jamais on ne leur laisse la possibilité de s'exprimer sur ce qu'ils vivent en classe, de dire qu'ils n'ont pas compris sans risquer de se le voir reprocher, jamais on ne leur offre d'espace de création et d'expression libre pour déverser un peu de tension, jamais on ne leur fait confiance, jamais on ne les écoute. Lisez "Pourquoi les enfants oublient presque tout ce qu'ils apprennent à l'école ?" . Pour finir, on ne tolère ni retard ni absence de leur part mais les enseignants peuvent eux manquer très régulièrement à l'appel et ne pas être remplacés tout un trimestre pour cause de maternité par exemple ou bien de dépression (une affection en progression chez les enseignants).
Finalement, l'école n'a en rien évolué malgré toutes les réformes qu'elle a subie. Les enfants sont toujours assis en ligne, n'ont toujours pas le droit de "réfléchir ensemble", expérimentent toujours la compétition en lieu et place de la collaboration, sont toujours sanctionnés par des notes, vécues comme des sentences et n'ont toujours pas le droit de parler dans les rangs... Si évolution il y a eu c'est vers une fermeture sans-cesse croissante de ce lieu qui ressemble de plus en plus à une prison, où il faut montrer patte blanche pour entrer et sortir. "L'école change, mais la classe reste" et les enfants continuent de surveiller la trotteuse de leur montre tandis que la société se prive des possibilités de renouveau par des nouvelles générations porteuses d'idées neuves.
Alors certains parents, consients des enjeux qui se trament, décident d'instruire eux-mêmes leurs enfants -rappelons au passage que seule l'instruction est obligatoire, et non la scolarisation. Lisez le témoignage d'un père dont les enfants ne vont pas à l'école. Mais ces familles connaissent des difficultés et sont marginalisées. Lisez les deux éditoriaux de Marc-André Cotton : l'éducation nationale : creuset de la pensée unique et en France, il n'y aura bientôt plus de liberté d'enseignement.
Notre pays, à travers l'enseignement qu'il dispense et contrôle ne cherche donc toujours qu'à former de bons petits soldats, obéissants et ne remettant rien en cause, soldats de la guerre d'aujourd'hui, préparés non plus à se sacrifier sur l'autel des boucheries militaires, mais sur celui de la guerre économique mondiale : de la chair à production, disciplinée, privée de libre arbitre, sage, exploitable et ... jetable conformément aux besoins de notre société consumériste !
Emmanuelle Blin-Sallustro, novembre 2003
Editorial n° 5 du site maternage : Parents démissionnaires ou …démissionnés ?
Parents démissionnaires ou …démissionnés ?
Selon certains, hommes de la rue, enseignants, hommes publics, juges ou membres des forces de l'ordre, il semblerait que les parents d'aujourd'hui soient facilement démissionnaires, se désintéressant de plus en plus tôt et de plus en plus fréquemment du devenir et du comportement de leur progéniture. Ces parents seraient responsables de l'augmentation de la violence, de la délinquance, de la déliquessence de la notion de respect et de la disparition des valeurs morales...
Lorsque l'enfant paraît, les jeunes parents d'aujourd'hui doivent
faire face à un univers qui leur est souvent totalement inconnu, celui
de la parentalité. Mais sont-ils responsables de cette méconnaissance ?
Etre
père, être mère, cela ne s'apprend pas à l'école (peut-être devrait-on
d'ailleurs y songer), mais bien encore en famille, par l'imitation...
Or, notre société a connu de profonds bouleversements au siècle dernier, qui ont modifié les comportements humains traditionnellement établis au sein de la famille. Aujourd'hui femmes et hommes partagent les mêmes droits et les mêmes professions, mais qu'en est-il réellement au sein du foyer ? Devenues mères, les femmes hésitent entre maternage et carrière professionnelle, tandis que les hommes se cherchent une nouvelle identité de père. Libéré de l'obligation maritale à vie, les couples se font et se défont au gré des difficultés, réinventant sans cesse de nouvelles structures familiales....
Les parents d'aujourd'hui sont la première génération à avoir massivement connu la séparation précoce d'avec la mère et le recours aux systèmes de garde collectifs en raison du boom du travail féminin et de l'évolution de la famille, devenue "nucléaire".
Ils sont par ailleurs issus d'un modèle culturel de maternage et de parentalité très particulier, qui nous est proposé par les sociétés occidentales industrielles depuis quelques générations seulement. Ce modèle dominant est le résultat de l'intrusion du professionnel du secteur médical -et du masculin par la même occasion- dans la sphère familiale -autrefois gérée par les femmes-, avec l'invention, dans la première moitié du 20ème siècle, de l'obstétrique et de la puériculture qui nous sont imposées aujourd'hui, bien qu'elles soient dépendantes des modes et des cultures.
Depuis le début de sa deuxième moitié, ce modèle de parentalité, basé sur la valorisation de l'autonomie précoce, est sans cesse favorisé par l'accroissement exponentiel de la société de consommation avec tous les objets et matériels de puériculture qu'elle invente et que les industriels savent si bien rendre indispensables.
De plus, les parents sont -paradoxalement- abreuvés de conseils -souvent différents et parfois contradictoires- fournis par les médias, les livres, le milieu médical et l'entourage familial, professionnel et amical. Ces conseils qui varient avec la génération et le vécu individuel, sont sources de confusion et d'angoisse et brouillent la confiance en leur instinct parental naturel.
Enfin, les professionnels qui les entourent les déchargent sans
cesse de leur fonction parentale en leur proposant de faire "à leur
place" -mieux qu'eux, sous entendu-, à chacune des étapes qui permet
normalement l'apprentissage de "l'art d'être parent" :
dès la
grossesse et lors de la naissance pour lesquelles nous nous remettons
totalement entre les mains d'une médecine qui nous promet de donner la
vie sans douleur et sans risques ;
au cours de l'allaitement, que
nous laissons conduire par un système médico-social rarement compétent
et trop souvent péremptoire dans ce domaine ;
relais encore avec le
maternage et l'éducation des enfants pris finalement en charge au
quotidien par une kyrielle de professionnels successifs ;
jusqu'à
l'instruction, confiée à un corps enseignant à qui l'on demande de
pallier toujours plus, allant bien au-delà des apprentissages
scolaires, aux frontières de l'éducation comportementale et du soutien
psychologique.
Les enfants sont les grands perdants de cette évolution. Certes ils sont devenus des enfants-rois, objets de sollicitations de plus en plus nombreuses, et si leurs désirs sont généralement trop bien satisfaits, leurs véritables besoins sont eux, toujours ignorés. La plupart d'entre eux doit même s'accomoder aujourd'hui de la privation de l'essentiel : un accompagnement parental stable, maternant et structurant durant la première enfance.
Or, la construction psychique des êtres humains n'a elle subi aucune
révolution. Les besoins des enfants sont invariants, ils
s'affranchissent du temps et du lieu de sa naissance.
Ne pas ou
mal y répondre a des conséquences aujourd'hui largement étudiées, et
entraîne la rupture d'équilibres fondamentaux, bien visible avec le
cortège de troubles que nous connaissons aujourd'hui, qu'ils concernent
le sommeil, l'alimentation, le langage, l'apprentissage ou encore le
comportement, dans l'enfance et tout au long de la vie...
Pourtant, adopter un comportement maternant et exercer une parentalité consciente ne sont pas des pratiques incompatibles avec le travail à l'extérieur du foyer familial et une certaine redistribution des rôles parentaux, d'autant que notre société semble vouloir aller vers un retour aux valeurs authentiques et aux méthodes naturelles, un plus grand recul vis-à-vis des modèles matérialistes qui nous sollicitent tant, une augmentation des temps libres et familiaux et un partage entre hommes et femmes de plus en plus réel des tâches au quotidien.
Emmanuelle Blin-Sallustro, septembre 2003
Editorial n° 4 du site maternage : Laissez nous vivre nos enfantements...
Laissez nous vivre nos enfantements...
La maternité française est en crise, comme l'a souligné le rapport
du dernier collège national des gynécologues obstétriciens français,
dans l'indifférence des pouvoirs publics, obligeant les chefs de
service de nombreuses maternités à menacer de se mettre grève à la fin
de l'hiver dernier.
En effet, la politique de fermeture des petites
maternités mise en place il y a deux décennies, dans le but de
récupérer des places pour faire face au vieillissement de la
population, a abouti à la surcharge des grosses maternités. Celles-ci
sont devenues de véritables "usines à bébés" où des professionnels en
nombre insuffisant accouchent à la chaîne des femmes qu'ils n'ont
généralement pas suivies. A cette pénurie de gynécologues
obstétriciens, organisée de longue date par le numerus clausus,
s'ajoute l'effet de la mise en place des 35 heures dans les services
hospitaliers conjugué à celui de la forte reprise de la natalité dans
notre pays. Enfin, la judiciarisation du secteur médical a encore sans
doute aggravé la situation en accroissant la peur du risque
obstétrical, qui amène les médecins à se retrancher derrière toujours
plus de technologie.
En France, nous pratiquons 18 % de césariennes, contre des chiffres inférieur à 10 % dans les pays du Nord de l'Europe. Nous pratiquons aussi l'épisiotomie dans 72 % des cas lorsque la femme accouche pour la première fois alors que cet acte n'a pas prouvé son efficacité dans ce qu'il est censé éviter. Enfin, selon l'OMS, le monitoring en continu n'a pas -lui non plus- prouvé son efficacité et conduit à des décisions non appropriées comme des césariennes. D'autres informations en page naissance.
Le choix français de l'hypermédicalisation de la naissance est un
choix coûteux, puisqu'il mutiplie en les systématisant des actes la
plupart du temps inutiles, qui a aggravé la mauvaise situation
économique du secteur de santé, tout en ne tenant pas sa promesse
d'améliorer les résultats périnataux.
Malgré tous nos progrès
technologiques, la France se place encore au 10ème rang européen en
matière de mortalité et morbidité périnatale, loin derrière la Suède,
le Danemark et les Pays-Bas. Dans ce dernier pays, la grande majorité
des accouchements sont accompagnés par des sages-femmes, dont 30 % se
déroulent à domicile ; et c'est pourtant ce même pays qui affiche les
taux de prématurité, de césarienne et de mortalité maternelle les plus
bas...
Etre enceinte n'est pas une maladie. Il est donc inutile
d'hypermédicaliser systématiquement toutes les grossesses et toutes les
naissances comme cela est fait dans les grosses maternités où il nous
est dorénavant imposé d'accoucher, la moitié des lieux de naissance
ayant déjà disparus.
Il est possible de concilier les progrès de
l'hygiène et de la connaissance des phénomènes qui se déroulent pendant
la grossesse et la naissance, dont on dispose aujourd'hui, avec
l'humanité que requiert un tel instant, si précieux et si rare...
Donner la vie est un acte totalement naturel et physiologique, auquel
les sages-femmes sont bien mieux formées, tout particulièrement en
France, avec leurs 4 500 heures de cours sur la physiologie de la
grossesse et de la naissance, que n'importe quel médecin.
Désormais
on sait parfaitement détecter les problèmes maternels de bassin, de
placenta praevia, de toxémie et autres, comme les problèmes foetaux,
qui étaient responsables ensemble du taux de mortalité foetale et/ou
maternelle jusqu'au temps de nos grands-mères. On oriente alors ces
femmes vers la technologie médicale qui leur permettra de survivre à la
naissance d'un enfant qui survivra aussi, dans des degrés de chance qui
varient avec sa prématurité éventuelle.
Mais pour les autres femmes, les 85 à 90 % de femmes qui n'ont aucun problème durant leur grossesse, le respect complet de la physiologie amène à un bon déroulement de l'accouchement qui est alors vécu comme une véritable aventure, comme le racontent avec bonheur certains témoignages sur ce site. Accoucher est alors l'aboutissement normal d'une grossesse qui n'a nécessité qu'un accompagnement global -tout au long de la grossesse et tout au long de l'accouchement. Ainsi peut s'établir avec la sage-femme une relation de confiance très rassurante pour la femme enceinte qui se sens véritablement accompagnée sur le chemin d'une naissance qu'elle se prépare néanmoins à affronter, sur le plan physiologique comme sur le plan psychique.
D'autres pays l'ont compris et développent une politique radicalement différente de la nôtre, avec les maisons de naissance. Mais la France traîne les pieds, et malgré de belles déclarations politiques, les projets montés ici ou là ne parviennent pas à exister légalement...
La technologie médicale permet certes aujourd'hui d'extraire
chirurgicalement, sans difficultés la plupart du temps, et en moins de
30 minutes au total, un foetus viable du corps de sa mère, s'il s'avère
que celle-ci ne peut pas accoucher par les voies naturelles.
Mais
doit-on pour autant désirer cela pour toutes les femmes, comme le
préconisent certains obstétriciens, qui n'y voient qu'un confort accru ?
Cette technologie ne permet à aucun moment à la mère d'accoucher de
son enfant et donc, sans doute partiellement au moins, cela ne lui
permet pas non plus d'enfanter correctement de sa maternité, ou
maternitude, sur un plan plus psychique...
Les femmes cherchent
autre chose. Elles veulent un meilleur accompagnement de la naissance,
comme le montrent les entretiens menés par le Dr Naiditch avec des
sociologues. Le rôle du psychisme dans l'enfantement et le devenir-mère
est essentiel (lisez ou relisez "Le mystère des mères" de Catherine
Bergeret-Amselek ) et il est malheureusement trop évacué dans les
grandes maternités. Cet aspect n'y est pas traité tout au long de la
grossesse par une même personne qui prends le temps d'écouter la femme
raconter ses peurs et angoisses et ne la considère pas uniquement comme
un corps à surveiller de près par de nombreux examens le plus souvent
inutiles, toujours stressants et parfois néfastes.
L'augmentation des dépressions du post-partum en est probablement une des tristes conséquences, parmi d'autres, comme la survenue de plus en plus fréquente de difficultés psychologiques infantiles, maternelles et parentales, qu'il serait temps de prendre en compte en commençant par réhumaniser d'urgence l'entrée dans la vie.
Emmanuelle Blin-Sallustro, juillet 2003
Editorial n° 3 du site maternage : Et si l'allaitement maternel prolongé avait aussi pour fonction de nous apprendre le plaisir
Et si l'allaitement maternel prolongé avait aussi pour fonction de nous apprendre le plaisir et l'amour ?
En France, au-delà des 3 mois "réglementaires", la jeune maman qui poursuit l'allaitement se voit encore reprocher de continuer uniquement par plaisir (le sien et celui de son enfant), malgré les apports optimaux et les bienfaits du lait maternel qui perdurent longtemps après cet âge... Mais de quoi accuse-t-on exactement ce plaisir certes charnel et parfois sensuel, mais jamais sexuel ?
Le plaisir ne peut être malsain quand il est indissociable de l'amour. Or un nouveau-né, un bébé ou un bambin aime sa mère plus que tout autre être au monde...
Son besoin de contact peau à peau, satisfait par l'allaitement
maternel, va de pair avec un besoin de stimulations de tous ses sens,
passant par la peau et les odeurs des corps, la variété des goûts du
lait maternel, en plus des sons et de la vue, avec des paroles et des
regards qui se font face et se croisent ainsi plus souvent et toujours
plus longtemps qu'au biberon.
Cette stimulation multisensorielle
aboutit au plaisir intense que ressent le bébé : être à la fois nourri
de l'intérieur par le lait, et de l'extérieur par la stimulation de ses
5 sens.
Chez lui ce plaisir durera longtemps. Le plus souvent, si on laisse l'enfant téter et qu'on ne lui propose pas de prendre du lait sous d'autres formes, il s'y complaira plusieurs années, parrallèlement à la prise progressive de solides de plus en plus diversifiés et nombreux, comme le veut le développement physiologique naturel de notre espèce.
Le plaisir que prends la mère à poursuivre l'allaitement au fil des mois n'a rien de malsain non plus. C'est la nature elle-même qui l'a conçu !
Tout naturellement, le plaisir vient des hormones induites par la lactation, les endorphines (morphines humaines) qui apaisent maman et bébé en fin de tétée. Ce système de récompense, à la fois hormone du plaisir et hormone anti-douleur est en jeu chaque fois que nous faisons quelquechose qui est nécessaire à la survie de l'espèce. Nous secrétons ces endorphines lorsque nous naissons, lorsque nous faisons l'amour, lorsque nous accouchons et lorsque nous allaitons...
Sans le plaisir, les femmes des siècles et des siècles passés n'auraient pas allaité leurs enfants plusieurs années et nous ne serions pas là pour en parler ! Nous oublions trop facilement que pendant des millénaires, en l'absence des laits de substitution aujourd'hui proposés massivement aux mères, les enfants qui n'étaient pas allaités par une femme mourraient tout simplement !
Le plaisir des mères qui allaitent sur la durée est avant tout celui
de voir leur enfant grandir et se développer grâce à elles et au don
d'une part d'elles-même qu'elles leur font. De savoir qu'avec leur
lait, elles le protègent en plus de le nourrir. C'est un plaisir
intellectuel émotionnellement puissant que d'être valorisée ainsi...
A
ce plaisir s'ajoute celui "d'apprendre son enfant "par coeur"", de le
comprendre et de l'aimer du fond de ses tripes, un peu plus chaque jour
avec des échanges qui évoluent pour s'enrichir sans cesse.
Et si c'était en aimant sa mère de tout son corps animé de seuls désirs puérils, en y trouvant plaisir et satisfaction, que le petit de l'homme apprenait à aimer, tout simplement ? En posant les bases qui lui permettront de construire de futures relations d'amour saines, basées sur le don de soi, le respect de l'autre et le plaisir partagé...
Et l'amour ne s'accompagne-t-il pas forcément de contacts, de
caresses, de corps-à-corps ? Pensez-vous que l'amour puisse perdurer au
sein d'un couple qui aurait cessé d'avoir des contacts, de se
toucher... L'enfant lui confond les deux et ressent l'amour bien avant
de l'entendre et encore plus de le comprendre -d'ailleurs, qui veut me
donner une définition de l'amour ?
A travers les contacts fréquents
apportés par le portage, le bercement, l'allaitement, le massage et le
co-dodo, le bébé qui devient bambin remplit son réservoir émotionnel et
cimente les bases de sa sécurité intérieure.
Progressivement, avec le franchissement naturel de certaines étapes comme la mise en place du père, le sevrage naturel et décidé par lui, et enfin l'oedipe vers 5/6 ans, il ne sera dépendant de rien, si ce n'est du besoin d'aimer... et cherchera comme nous tous devenus adultes à revivre ce plaisir multisensoriel si puissant à travers une autre relation, sexuelle cette fois -avec, peut-être, moins de difficultés, de frénésie et de perversité, et plus de bonheur...
Emmanuelle Blin-Sallustro, février 2003
Editorial n° 2 du site maternage : Etre une femme en âge d'être mère en 2002 n'est pas si simple qu'on pourrait le croire...
Etre une femme en âge d'être mère en 2002 n'est pas si simple qu'on pourrait le croire...
Nos grands-mères ont certes lutté pour notre droit à l'expression et à être reconnues comme des citoyens à part entière avec le droit de vote. Nos mères ont elles défilé pour l'indépendance financière des femmes et le droit d'exercer la plupart des professions, à l'égal des hommes. Mais des générations précédentes de femmes ont vécu la maternité comme la meilleure reconnaissance qu'elles pouvaient attendre de la société, mais aussi comme un devoir lorsqu'il fallait repeupler la nation décimée par les guerres menées par les hommes. Aujourd'hui tout cela nous semble bien loin et bien archaïque...
Aujourd'hui nous avons tout ce que nos mères voulaient : le droit de travailler dans tous les secteurs, celui d'avoir notre compte en banque, la possibilité de choisir d'être mère ou non et d'en choisir le moment, et enfin nous pouvons conserver tout cela en confiant nos enfants à une kyrielle de professionnels qui prendront soint d'eux à notre place.
Et pourtant, il est aujourd'hui difficile de remettre cette attitude en question. Et de plus en plus de mères s'y perdent. Nombreuses sont aujourd'hui les femmes qui exercent avec de grandes qualités une profession qu'elles aiment, avec des collègues qui sont aussi des ami(e)s, des femmes qui ensivagent un enfant après quelques années d'une vie professionnelle bien remplie en pensant dès le départ pouvoir placer leur enfant en crèche à la fin du congé maternité et reprendre leur travail, souvent rendu nécessaire pour le maintien du train de vie imposé par notre société de consommation. Puisque tout le monde fait ainsi, c'est une évidence...
Mais quand le bébé paraît, quand l'allaitement et le maternage s'installent -s'ils s'installent malgré la culture de séparation qui caractérise notre société-, il arrive que la maman perçoive et ressente avec douleur ce qu'elle va perdre en se séparant précocément de son enfant de longues heures chaque jour. Elle se met alors à douter, se pose de nombreuses questions, car elle a fait la connaissance d'un autre métier qui prend toute sa mesure lorsqu'il est mené à temps plein. Elle y a découvert le bonheur d'un amour d'une grande pureté, partagé avec un enfant dont elle se sent si responsable et si indispensable. Elle comprend qu'elle peut peut-être s'y épanouir au moins autant qu'à son travail qui perd alors beaucoup de sa saveur. Lui ne va pas grandir entre temps et sera toujours possible plus tard. Mais s'il lui semble impossible de faire le choix de rester une maman à temps plein -pour des raisons aussi diverses que nombreuses- elle peut craquer et faire une dépression du post-partum qui touche désormais 1 femme sur 10.
Aujourd'hui il est difficile de renoncer aux droits conquis par nos
mères en reconnaissant ne pas s'épanouir au travail. Difficile de
déclarer ouvertement que l'on veut élever ses enfants, les materner,
les allaiter, les éduquer soi-même. Difficile de revendiquer que l'on
est la personne la mieux placée pour savoir comment mettre nos enfants
au monde, en prendre soin et les élever. Tant de professionnels en
savent tellement plus que nous...
Nous avons donc encore un combat à
mener car nous ne sommes toujours pas libres. Yvonne Kniebielher
-historienne des mères s'il en est- dit avec raison que "nous (les
femmes) subissons toujours". Et nous subirons tant que la société ne
nous permettra pas de choisir de vivre nos maternités dans la plénitude
et la reconnaissance. C'est là sans doute le combat de notre génération
!
Emmanuelle Blin-Sallustro, décembre 2002
Editorial d'ouverture du site maternage : Ce site existe parce que...
Ce site existe parce que...
... mon vécu personnel d'enfant et mon expérience de mère de trois enfants m'ont amenée à réfléchir à la maternité dans son ensemble, au rôle spécifique de la mère, à la place qui lui est faite actuellement dans notre société, aux besoins de l'enfant et à la meilleure manière de materner dans un environnement culturel qui privilégie la séparation précoce ;
... la réalisation d'un travail photographique personnel, qui m'a fait rencontrer de nombreux bambins allaités dans leur milieu familial durant une année de reportage menée à travers la France, m'a permis de me forger une conviction sur le lien entre le maternage reçu et la capacité d'aimer ;
... mon désir de soutenir d'autres mères en devenant marraine d'allaitement au sein d'un réseau, mais aussi à titre personnel, m'a permis d'avoir une vision précise de la situation actuelle de l'allaitement en France qui doit être dénoncée ;
et parceque...
... l'importance de la petite enfance dans la construction des fondations psychiques de l'individu en devenir qu'est le bébé n'est plus à prouver ;
... les enfants sont le futur de l'humanité ;
... l'humanité a besoin d'un autre futur ...
Emmanuelle Blin-Sallustro, septembre 2002
Des formations pour les professionnels de la parentalité et de la périnatalité
Agrément de formateur n° : 11910571891
Formation de base au portage et à la communication autour du portage - Réseau Peau à Peau
Pour les
professionnels de la périnatalité ou les acteurs du champ associatif
autour de la parentalité qui souhaitent utiliser le portage dans le
cadre de leur activité professionnelle
Durée : 20 h sur 3 ou 4 jours
Remise d'un dossier de 250 pages
Tarif : 280 euros - Etudiants : 180 euros.
Inscription ici
Journée de formation continue au portage et à la communication autour du portage - Réseau Peau à Peau
Pour les
personnes qui ont suivi la formation de base et souhaite conserver le titre de référent Peau à Peau
Durée : 7 h
Tarif : 90 euros - Etudiants : 60 euros.
Des conférences pour cheminer en tant que parent
Vous êtes une association, une école, un lieu d'accueil parental, une institution... Vous souhaitez organiser des conférences à l'intention des parents et futurs parents.
Voici les thèmes sur lesquels je peux intervenir :
Le maternage : une réponse simple aux besoins de bébé
Durée : 1 h 30
Tarif : 60 euros
Choisir et réussir l'allaitement maternel
Durée : 1 h 30
Tarif : 60 euros
Pourquoi et comment poursuivre l'allaitement au-delà de 6 mois
Durée : 2 h
Tarif : 60 euros
Le développement de bébé pendant la 1ière année
Durée : 1 h 30
Tarif : 60 euros
Le portage à travers le temps et le monde
Durée : 2 h
Tarif : 100 euros
Père/mère : une différence gagnante
Durée : 2 h
Tarif : 100 euros
Le problème avec la violence éducative ordinaire
Durée : 2 h
Tarif : 100 euros
Comment créer une relation parent-enfant basée sur la confiance et le respect mutuel
Durée : 2 h
Tarif : 100 euros



