25 avril 2008

Editorial n° 6 du site maternage : Où va l'école de France ?

Où va l'école de France ?

Scolarisation à 2 ans, phobie scolaire, 12 % d'illetrisme, échec du collège unique, crise des enseignants...

Dans le primaire comme dans le secondaire, rien ne va plus.

Tout commence par la première rentrée de maternelle qui est souvent un véritable cauchemar avec 30 enfants qui arrivent le même jour (mais pourquoi ne pas étaler la rentrée sur la première semaine, vraiment, pourquoi ?) dans un lieu nouveau, entouré d'inconnus. Avec des instits plus ou moins bien formés, qui profitent d'un enfant qui a le dos tourné pour dire à ses parents de s'esquiver rapidement, au mépris de la psychologie la plus basique ; des enfants qui pleurent de toutes leur tripes avec seulement deux paires de bras pour les consoler tous. Lisez un témoignage de rentrée scolaire.

Ca se poursuit avec des années de maternelle où l'école, devenue plus paternelle que maternelle, se donne déjà des objectifs à atteindre pour des bouts de choux malmenés dans leur rythmes, obligés de se couler dans le moule. Là le témoignage d'une institutrice sur la notation en maternelle. Des enfants par ailleurs bien souvent livrés à eux-mêmes dans l'arène des récréations quotidiennes où ils sont sommés de se socialiser de force, sans repère ni modèles pour apprendre à gérer leurs conflits.

Ca continue avec des années d'école primaire où les devoirs à faire après l'école sont toujours en vigueur malgré leur suppression officielle, comme si des enfants de cet âge n'avaient pas tout autant besoin de temps pour jouer sans objectif éducatif, révâsser, s'ennuyer...

Avec un apprentissage de la lecture qui se fait dans l'urgence et la douleur, révèlant de nombreuses dyslexies. Alors que la recherche sur le fonctionnement du cerveau lors des apprentissages a démontré que le plaisir était nécessaire à leur fixation. Il y a aussi cette édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, qui a dtrémoné que l'odrre des ltteers dnas un mto n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot... Et pourtant les méthodes de lecture globales sont toujours pointées du doigt et désignées comme de mauvaises méthodes ! Mais c'est le peu de temps (1 trimestre, voire 2 si on est magnanime) qu'on laisse aux enfants pour apprendre à lire qui est en cause. Pourtant mes enfants ont appris à lire en prenant leur temps, et en conservant toujours le plaisir de lire, avec la méthode de la voie directe prônée par l'AFL, et ce sont désormais (et pour toujours) de grands lecteurs (12 romans en 2 mois pour ma fille de 14 ans cet été).

S'ils sont formés à la pédagogie en IUFM, les futurs professeurs des écoles (c.ad. les anciens instituteurs du primaire) ne reçoivent que rarement un enseignement aux pédagogies dite actives. Cent années de pédagogies dites nouvelles ou actives n'y ont rien changé. Freinet, Montessori, Cousinet, Steiner et tous les autres, peuvent se retourner dans leur tombes ! Pourtant ces pédagogies offre l'avantage majeur de conserver intact le désir inné d'apprendre des enfants, en ne refusant pas leur curiosité naturelle, à l'inverse des méthodes actuellement employées qui font de l'école un lieu où l'on doit se rendre sans savoir pourquoi, afin d'y apprendre à répéter sans réfléchir et sans plaisir, des connaissances tirées arbitrairement du Savoir universel.
Ici, une nouvelle liste de discussion sur les écoles libres.
Et un lien vers le plus ancien et le plus riche annuaire des ecoles différentes.

Au collège, les élèves comme les enseignants vont mal. Préparés huit années durant à respecter les règles, à apprendre par coeur, à travailler sans rechigner, à ne pas utiliser leurs compétences créatives et à discipliner leur curiosité, les premiers ont perdu tout sens de l'initiative et toute joie d'apprendre. En revanche ils savent déjà très bien gruger, mentir ou faire semblant.
Les seconds ne sont, eux, jamais formés à la pédagogie. Ca paraît absurde, mais c'est bien réel. Ils ont certes le niveau requis en maths, en français, en histoire-géo, en langue, etc, mais ils n'ont aucune compétence pédagogique. Ils seraient comme des bouchers, incollables sur les différentes parties du boeuf, mais incapable de vous tailler un steak. Le par coeur est toujours la seule bonne manière d'apprendre, le plaisir est toujours absent de l'enseignement qui doit être triste et rigoureux pour être honnête, et les punitions de toutes sortes (mises au coin, copies de ligne, retenues) sont toujours les seuls "outils pédagogiques" connus et utilisés.

On est alors pas étonné d'entendre ci et là des manifestations de frustration de la part de profs excédés et incapables de communiquer d'être humain à être humain avec les élèves. La plupart sont "pollués" par une vision de l'enfance totalement fausse. Les enfants sont interdits de baîller alors que c'est une action physiologique et que 4 heures de cours à 11 ans c'est long ; baillonnés de scotch pour qu'ils soient moins bavard ; mis au coin pour avoir fait tomber une règle qui sera d'ailleurs confisquée... les exemples absurdes ne manquent pas.

On entend parfois parler de respect mutuel entre élèves et adultes, mais c'est seulement un thème à la mode. Dans les faits les élèves ne sont jamais respectés car ils sont toujours considérés comme étant inférieurs, ayant encore tout à apprendre des adultes. En revanche on exige d'eux des efforts démesurés, équivalents -ou pires ?- à ceux des adultes : se lever tôt 5 jours par semaine, rester concentrés et attentifs 7 à 8 heures durant avec de courtes pauses bruyantes, sans pouvoir même soulager leur vessie bien souvent, manger une nourriture probablement équilibrée mais totalement dénuée de saveur dans une ambiance bruyante, et pour finir, travailler à la maison 1 à 2 heures encore chaque soir. Et jamais on ne leur laisse la possibilité de s'exprimer sur ce qu'ils vivent en classe, de dire qu'ils n'ont pas compris sans risquer de se le voir reprocher, jamais on ne leur offre d'espace de création et d'expression libre pour déverser un peu de tension, jamais on ne leur fait confiance, jamais on ne les écoute. Lisez "Pourquoi les enfants oublient presque tout ce qu'ils apprennent à l'école ?" . Pour finir, on ne tolère ni retard ni absence de leur part mais les enseignants peuvent eux manquer très régulièrement à l'appel et ne pas être remplacés tout un trimestre pour cause de maternité par exemple ou bien de dépression (une affection en progression chez les enseignants).

Finalement, l'école n'a en rien évolué malgré toutes les réformes qu'elle a subie. Les enfants sont toujours assis en ligne, n'ont toujours pas le droit de "réfléchir ensemble", expérimentent toujours la compétition en lieu et place de la collaboration, sont toujours sanctionnés par des notes, vécues comme des sentences et n'ont toujours pas le droit de parler dans les rangs... Si évolution il y a eu c'est vers une fermeture sans-cesse croissante de ce lieu qui ressemble de plus en plus à une prison, où il faut montrer patte blanche pour entrer et sortir. "L'école change, mais la classe reste" et les enfants continuent de surveiller la trotteuse de leur montre tandis que la société se prive des possibilités de renouveau par des nouvelles générations porteuses d'idées neuves.

Alors certains parents, consients des enjeux qui se trament, décident d'instruire eux-mêmes leurs enfants -rappelons au passage que seule l'instruction est obligatoire, et non la scolarisation. Lisez le témoignage d'un père dont les enfants ne vont pas à l'école. Mais ces familles connaissent des difficultés et sont marginalisées. Lisez les deux éditoriaux de Marc-André Cotton : l'éducation nationale : creuset de la pensée unique et en France, il n'y aura bientôt plus de liberté d'enseignement.

Notre pays, à travers l'enseignement qu'il dispense et contrôle ne cherche donc toujours qu'à former de bons petits soldats, obéissants et ne remettant rien en cause, soldats de la guerre d'aujourd'hui, préparés non plus à se sacrifier sur l'autel des boucheries militaires, mais sur celui de la guerre économique mondiale : de la chair à production, disciplinée, privée de libre arbitre, sage, exploitable et ... jetable conformément aux besoins de notre société consumériste !

Emmanuelle Blin-Sallustro, novembre 2003

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